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Mamady Kaba, président de l’INIDH : « il faut faire la promotion de la bonne gouvernance »

Mamady Kaba, président de l’INIDH : « il faut faire la promotion de la bonne gouvernance »

Dans cette intervention accordée à notre reporter, Mamady Kaba, le président de l’Institution Nationale Indépendante des Droits de l’Homme a abordé plusieurs sujets d’actualité nationale, notamment le contenu de son ouvrage  »la Guinée face au défi démocratique », sa réaction aux propos de Malick Sankon, et l’ignorance des textes juridiques par la population et la prochaine semaine nationale de la citoyenneté.

Soleilfmguinee.net :  »La Guinée face au défi de la Démocratie », c’est le nom d’un ouvrage que vous venez de publier récemment au CCFG. Dites-nous pourquoi ce livre ?

Mamady Kaba : Ce livre est écrit pour répondre à deux soucis majeurs. Le premier, vous savez la Guinée a bénéficié d’un évènement majeur  »Conakry Capitale Mondiale du Livre » qui est un effort piloté par M Sansy Kaba Diakité, directeur exécutif de l’Harmattan-Guinée. Donc, cet effort doit être soutenu et encouragé par tous les Guinéens. Et conscient de cette responsabilité, j’ai voulu contribuer à ma manière à la réussite de cet évènement. C’est ce qui m’a poussé à vouloir écrire un livre. Et la deuxième préoccupation, c’était de contribuer à l’ancrage démocratique dans mon pays. Faire des recherches qui peuvent survivre à ma petite personne. Vous savez, les personnes et les paroles disparaissent, mais les écrits restent. Alors j’ai voulu perpétuer la petite expérience et les résultats de recherches existant à mon niveau, qui pourraient servir les générations actuelles et futures en quête d’un avenir meilleur en termes de démocratie et d’un Etat de droit. Donc, j’ai voulu matérialiser le peu que je sais sur les défis auxquels la Guinée fait face en termes de démocratie afin que mes efforts servent à renforcer ceux qui travaillent sur la démocratie et les droits humains, ainsi que ceux qui aspirent à une Guinée nouvelle, démocratique et prospère. Une Guinée dans laquelle les droits humains sont une réalité, qui rompt avec des aspects négatifs de son passé. Une Guinée véritable qui réussit son ancrage démocratique. Voilà un peu les deux préoccupations qui m’ont poussé à travailler sur un livre qui pourrait probablement servir de support à beaucoup de recherches dans le domaine de la démocratie et des droits de l’homme.

Nous avons écouté l’intervention de Malick Sankhon comme tous les Guinéens d’ailleurs. Ce commis de l’Etat affirme avoir recruté 2500 à 3000 jeunes contremanifestants. En tant que président de l’INIDH, quelle est votre réaction ?

Nous avons appris cette déclaration avec beaucoup d’amertume. Nous condamnons les propos avec beaucoup d’énergie, mais nous ne pouvons pas considérer cela comme un recul de la démocratisation dans notre pays. C’est quand même une inquiétude parce de plus en plus les faucons prennent le devant de la scène politique, ça c’est très inquiétant, car cela va nous conduire à des confrontations très violentes. Mais en ce qui nous concerne, nous pensons qu’il faut faire la différence entre ceux qui parlent et ceux qui agissent. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas considérer ces propos comme une violation des droits de l’homme à partir du moment où nous n’avons pas les preuves que les recrutements ont eu lieu et nous ne pensons pas qu’il faut se précipiter. Mais nous savons que Monsieur Sankhon s’expose à beaucoup de chose, parce que les prochaines manifestations nous dirons si les recrutements sont vrais ou faux.

Et ce qui est inquiétant, il a fait l’annonce au siège du RPG, ce qui associe le RPG à ce recrutement jusqu’à preuve du contraire, le RPG-Arc-en-ciel est intimement associé à cette déclaration, parce Malick Sankhon est un responsable de haut niveau du parti et il a fait la déclaration au siège national du parti sans que le parti ne fasse une déclaration pour se démarquer de la déclaration. Tant que le parti ne fera pas une déclaration pour s’en démarquer, cela suppose que Malick Sankhon a fait le recrutement avec l’appui du parti, avec le soutien du parti et il a fait le recrutement pour et le compte du parti. Ce qui nous amène à penser que si les prochaines manifestations sont entachées de violence et de violation des droits de l’homme le RPG Arc-en-ciel et monsieur Malick Sankhon pourront être tenus pour responsables de toute violence qui s’exercerait contre des manifestants.

A l’instant T, nous ne pouvons pas considérer Malick Sankhon coupable de violation des droits de l’homme, mais nous restons vigilants et nous allons observer les manifestations futures. Vous savez, nous avons connu trois manifestations sans violence même si des militants ont été tués en marge de la deuxième manifestation, mais les manifestations se sont déroulées globalement sans violence. Alors si les prochaines manifestations sont émaillées de violences et de violations des droits de l’homme, nous allons considérer que l’annonce faite par Malick Sankhon a été véritablement exécutée et que les violations des droits de l’homme qui auront été commisses sont l’œuvre de Malick Sankhon et du RPG Arc-en-ciel. Et cela pourrait avoir des conséquences juridiques et judiciaires.

Ne pensez-vous pas que la méconnaissance de nos lois nous conduit toujours à l’échec ?

Nous pensons d’abord que la bonne gouvernance doit être promue. Il faut faire la promotion de la bonne gouvernance. Il faut surtout renforcer la justice, renforcer l’institution des droits de l’homme qui soutient les populations dans leur quête de justice afin que les investisseurs aient confiance des capacités du pays à rétablir les victimes des violations des droits de l’homme dans leurs droits. Parce que, c’est un risque pour les investisseurs et le risque est très élevé. Si nous avons toutes les richesses, nous avons besoin de ceux qui ont l’expertise, les moyens pour investir et transformer nos richesses naturelles en des ressources immédiatement disponibles pour le développement. C’est pourquoi, il faut rassurer les investisseurs. Et le moyen le plus sûr d’attirer les investisseurs c’est de renforcer la justice, c’est de renforcer l’institution des droits de l’homme afin qu’en prenant les risques les investisseurs soient conscients que lorsqu’ils subissent une violation des droits de l’homme quelconque, ils peuvent recourir à la justice, s’ils n’ont pas satisfaction, ils peuvent recourir à l’institution des droits de l’homme et que toutes ces démarches peuvent leur permettre de se faire rétablir dans leurs droits par l’Etat guinéen. C’est pourquoi, il est important de donner l’impression que l’Etat guinéen est très rattaché à la justice et aux droits de l’homme.

Bientôt la deuxième édition de la Semaine nationale de la citoyenneté. Quel appel avez-vous à lancer au département en charge de l’Unité nationale et de la Citoyenneté, mais aussi au peuple de Guinée ?

L’appel que j’ai pour la population guinéenne c’est de se battre pour les droits de l’homme, de chercher à comprendre leurs propres droits, les voies de recours pour être rétabli dans ses droits ; de renoncer à l’auto-justice, de renoncer à la vindicte populaire, de renoncer à la violence sous toutes ses formes. Je leur demande de comprendre que la démocratie est un moyen puissant de rétablissement de chaque citoyen dans ses droits et l’Etat guinéen s’est doté d’institutions capables de rétablir chacun dans ses droits et nous souhaitons que ces institutions soient renforcées de toutes les manières afin qu’elles puissent jouer pleinement leurs rôles.

 

Entretien réalisé par Alpha Camara

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