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Le bulletin du gouvernement – octobre 2017      L’interview du mois : Assiatou Balde, ministre de l’environnement, des eaux et forets

Le bulletin du gouvernement – octobre 2017    L’interview du mois : Assiatou Balde, ministre de l’environnement, des eaux et forets

 

Conakry, le 03 Novembre 2017 – L’ONU s’est dotée en 1992, à l’occasion du sommet de la Terre de Rio de Janeiro, d’un cadre d’action de lutte contre le réchauffement climatique : la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques). Cette convention réunit presque tous les pays du monde qui sont qualifiés de « Parties ». Leurs représentants se rassemblent une fois par an, depuis 1995, lors des « COP » (Conférences of the Parties) ou « CdP » en français. C’est notamment lors de ces COP que les États signataires peuvent entériner des accords sur la réduction des émissions anthropiques de gaz à effet de serre, avec des objectifs communs ou différenciés. Ils évaluent également à ces occasions, l’évolution de leurs engagements et de l’application de la convention-cadre. Des sessions de négociation sont réalisées en amont de ces sommets. Les COP réunissent les représentants des Parties mais aussi des acteurs non-étatiques : collectivités territoriales, ONG, scientifiques, etc.

Madame Assiatou Baldé, Ministre de l’Environnement

 

 

Bonjour Madame Baldé, Vous êtes Ministre de l’Environnement, des Eaux et Forêts depuis près de sept mois, que pouvez-vous dire sommairement sur le département dont vous avez la charge ?

 

Je profite de l’opportunité que vous m’offrez, pour remercier le chef de l’Etat,  Pr Alpha Condé, pour avoir porté son choix sur ma modeste personne pour gérer ce département hautement stratégique. S’agissant du constat, je m’inscris  dans la poursuite des actions qui ont été faites par mes prédécesseurs, vu que l’administration est une continuité. Ainsi, je m’applique à la mise en œuvre de la lettre de mission qui m’a été confiée par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,  sur instruction du Président de la République  en matière  de gestion  durable du capital des ressources naturelles en général et particulièrement de l’environnement.  Au moment de ma prise de fonction, j’ai trouvé des projets en cours de réalisation, conformément au contenu de la lettre de mission.  De cette période jusqu’à  maintenant, de nombreux projets  ont été mis en route  en collaboration avec l’ensemble des cadres du département, plus particulièrement le Secrétaire Général, le Chef de Cabinet et les directeurs techniques.

 

 

Au lendemain de votre prise de fonction, quelles ont été vos priorités pour redonner un nouvel élan à votre département ?

 

Ma préoccupation première aura été l’organisation des réunions d’échanges et de concertations avec les responsables des principales directions,  pour cerner davantage le fonctionnement de ces structures. Des séries de rencontres qui ont été méthodiquement suivies par le Cabinet,  en vue de faire des recommandations allant dans le sens de l’amélioration des conditions de travail. En quelque sorte, un audit organisationnel et opérationnel qui a abouti à des recommandations fortes que le MEEF est en train de mettre en œuvre ! En exemple,  l’instauration d’un nouvel management des ressources (humaine et financière), la mise en place de procédures administratives et financières, le projet de Décret  de nomination des hauts cadres soumis au Président de la République pour signature, la participation effective du ministère aux réunions de la commission technique pour la mise en place d’un groupe consultatif en Guinée. Nous nous sommes attelés à faire respecter dans nos services les principes fondamentaux de l’administration, à savoir la rigueur et la ponctualité dans le travail, la diligence dans le traitement des dossiers, le respect de la hiérarchie, le partage d’informations avec l’autorité ministérielle d’une part,  et d’autre part, avec les responsables des différents segments à la base (Divisions et Sections) par la restitution des recommandations des réunions de Cabinet pour leur mise en œuvre effective.

 

Aussi, ma participation en tant que cheffe de Département de l’Environnement  des  Eaux et Forêts aux différentes  réunions du comité de pilotage du groupe consultatif présidé par le  Premier Ministre, Chef du Gouvernement, pour la préparation de la table ronde de Paris.

 

 

La promotion de la bonne gouvernance environnementale, le suivi de la mise en œuvre des accords multilatéraux sur l’environnement, la gestion durable des ressources naturelles et l’amélioration du cadre de vie des populations, sont entre autres, les enjeux et défis liés au secteur de l’environnement. Peut-on dire, à date, que vous avez réussi à faire face ? 

 

En ce qui concerne la promotion de la bonne gouvernance, mon équipe et moi, sommes attelés à améliorer quelques lois et textes régissant le secteur de l’environnement des eaux et forêts, comme l’adoption par l’Assemblée Nationale, lors de la dernière session, des lois du nouveau code forestier qui était en vigueur depuis une trentaine d’années. Ensuite, il y’a eu l’approbation par le Conseil des Ministres, du nouveau code de la faune et la réglementation de la chasse,  pour adoption par le Conseil des Ministres, de la  Stratégie  nationale révisée,  pour la mise en œuvre du plan stratégique  2011-2020 et les objectifs d’Aichi.  On peut noter également la prestation de serment des inspecteurs des établissements  classés,  et la formation de 500 cadres et agents de l’administration forestière par la Gendarmerie Nationale au Centre de Kaléah, dans la Préfecture de Forécariah.

 

En ce qui concerne la gestion durable des Ressources Naturelles, nos services techniques s’activent en  permanence  à la sauvegarde de ces ressources,  et les projets que nous sommes en train d’exécuter dans le domaine de la conservation des forêts et de la faune, de leur préservation, entrent dans ce cadre aussi bien que la  campagne de reboisement, la lutte contre les feux de brousse et la criminalité faunique, la sensibilisation pour l’observation des bonnes pratiques.

 

Des actions sont menées également dans le cadre de la protection des écosystèmes fragiles,  des espèces fauniques en voie de disparition et des bassins hydrographiques nationaux comme internationaux, qui constituent d’énormes potentialités énergétiques et hydro agricoles pour la Guinée et la Sous-région.

 

Des dispositions sont en train d’être prises aussi, pour  la restauration effective des sites dégradés tant par l’exploitation minière industrielle qu’artisanale, à travers le contrôle de  la mise en œuvre des Plans de Gestion Environnementale et Sociale. Quant à l’amélioration du cadre de vie des populations, la direction technique du Département, a la charge de son assainissement dans le cadre porteur de la Stratégie Nationale dont nous sommes les concepteurs de la politique.

 

Nous sommes également  acteurs dans la mise en œuvre d’un vaste programme intitulé ‘’Assainissement Total Piloté par les Collectivités’’ (ATPC) pour l’ensemble des régions  du pays, avec l’appui de l’UNICEF. Mon département est membre du comité interministériel  chargé de  la professionnalisation de la chaine de gestion des déchets avec l’appui de  l’UE, dans le Cadre du 11ème FED. Je puis vous dire que ce programme a inspiré déjà plusieurs pays dans la Sous-région et surtout, il est  accompagné par la réalisation de nombreuses latrines publiques, et en milieux scolaires, en plus de l’aménagement des Ronds-points de l’agglomération de la capitale. Il est mis fin dans plus de 2000 villages, à la défécation dans la nature, avec la certification de l’UNICEF.

 

 

Beaucoup de zones forestières sont décimées et détruites dans le pays, entrainant la disparition de certaines espèces animales comme les chimpanzés ; y a-t-il une politique de reboisement pour la conservation de la faune et de la flore de nos forêts, afin de préserver notre environnement ?

 

Effectivement, tous les constats relèvent que nos forêts  sont sinistrées dans toutes leurs composantes. Pour inverser cette tendance de dégradation et de déforestation, il est impératif de promouvoir une politique de gestion durable  de nos forêts. Il s’agit d’encourager et de soutenir les activités de conservation, de préservation et surtout d’exploitation forestière qu’il faut programmer et planifier, pour assurer  le maintien du patrimoine et les fonctions sociales et environnementales des écosystèmes forestiers, en faveur de la diversité biologique.

Avec l’état actuel de nos massifs boisés, il est nécessaire  de mettre en place  un cadre cohérent de dialogue  entre toutes les parties prenantes, pour faciliter la planification stratégique qui établira des objectifs, et assurera le suivi des plans  de gestion forestière concertés et des programmes en faveur des différents  écosystèmes forestiers. Ce dialogue  est utile  pour informer  les décideurs et pour  communiquer avec le grand public y compris les populations riveraines  qui font partie de l’écosystème.

 

Les informations émanant des  différents acteurs serviront  à influencer les politiques et les décisions pour parvenir  à une gestion durable des forêts. Il est important de signifier que les objectifs de gestion doivent prendre en compte le développement  économique, la lutte contre la pauvreté et l’amélioration de la gouvernance locale ; la sélection et l’édification de réseaux d’aires protégées, dans des concessions forestières bien gérées, l’assistance aux communautés dont les ressources dépendent de l’ensemble que constitue la forêt avec toute sa faune.

 

De nos jours, une conservation réussie de la diversité biologique,  résulte d’une vision plus intégrale  et plus globale des écosystèmes  complexes, rendant nécessaire  une approche  plus régionale. Cette approche régionale intégrale  est reflétée dans des initiatives  plus récentes de conservation et de développement du secteur  forestier en Afrique de l’Ouest. Devant la même problématique, il est reconnu qu’au cours des dernières décennies, le changement climatique présente des défis de taille  mais il crée aussi de nouvelles opportunités pour le secteur forestier. Les gestionnaires forestiers et d’autres parties prenantes devront en tenir compte. Ils devront aussi envisager  des réponses au changement climatique aptes  à protéger les multiples biens  et services environnementaux que les forêts procurent aux différentes parties prenantes pour satisfaire les différents besoins d’une large gamme d’acteurs.

 

Nous pensons qu’avec la mise en œuvre d’un dispositif de gestion durable des forêts, l’espoir  de reconstitution de la biodiversité pour le développement économique et social des zones riveraines est possible.

 

 

Au conseil des ministres du 25 septembre 2017, le Président de la République a demandé de faire un état des lieux de notre patrimoine écologique et environnemental. Comment comptez-vous procéder pour y parvenir ?

 

Une équipe multidisciplinaire, composée de cadres des différents services du ministère de l’environnement est mobilisée. Un plan d’action est en cours  d’élaboration  afin de répondre à cette préoccupation du Président de la République.

 

 

Quelle place occupe le secteur de l’environnement et des eaux et forêts, dans le plan national de développement économique sociale « PNDES » 2016-2020 ?

 

Le secteur de l’Environnement, des Eaux et Forêts,  occupe une place de choix dans le PNDES ; En effet :

 

  1. Il est transversal à tous les autres secteurs du développement économique et  social, notamment les mines, l’industrie, l’Hydraulique et l’Energie, l’Agriculture, la Pêche et l’Aquaculture, l’Elevage, etc.,  dont les activités rentrent en interaction avec le sol, l’air et l’eau ;
  2. Il occupe le 4èmePilier du PNDES, dont l’objectif stratégique est de promouvoir  la « Gestion Durable du capital naturel ». 
  3. Il contribue à la gestion rationnelle des ressources naturelles, à la protection du cadre de vie et à la résilience face aux catastrophes notamment liées aux changements climatiques.
  4. Il  est l’un des plus gros porteurs de projets phares à maturité et dispose dans son portefeuille 18 projets phares  ayant une forte probabilité d’être  financés pour un coût total de 215819648dollars US.

 

 

Prochainement, du 7 au 17 novembre 2017, les dirigeants du monde se retrouveront à Bonn, en  « Allemagne », pour prendre part à la 23èmeConférence des Nations-Unies sur les Changements Climatiques,  « COP 23 » ; Quel est le niveau de préparation de la Guinée à la veille de cette COP 23 et quel sera l’apport de la Guinée, pour la réussite de ce rendez-vous planétaire?

 

Avec 197 Parties, la Convention cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) jouit d’une adhésion presque universelle. Elle accueille sous son égide, l’Accord de Paris sur les changements climatiques de 2015, (après d’autres comme le protocole de Kyoto de 1997).

 

L’objectif principal de l’Accord de Paris, est de contenir la hausse de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 degrés Celsius au cours de ce siècle, et de mener des efforts pour limiter d’avantage l’augmentation de la température à 1,5 degré Celsius. L’objectif ultime de tous les traités qui entrent dans le cadre de la CCNUCC, est de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique dans un laps de temps permettant aux écosystèmes de s’adapter naturellement et faciliter le développement durable.

 

La Conférence des parties est l’organe de décision et elle se tient   annuellement depuis 1995. Ainsi la 23ème Conférence des Parties (COP23), prévue du 06 au 17 novembre 2017 à Bonn, en Allemagne doit prévoir plus d’innovation de notre part,  à l’instar de la plupart des pays partenaires de la Convention. C’est  dans ce cadre, que le ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts, à travers une plateforme de concertation  a organisé des séries de réunions avec les représentants des Institutions Républicaines  des Départements ministériels, du secteur privé, de la société civile et des médias.

 

Ces réunions sont axées sur la plateforme nationale des préparatifs de la COP23, sur le rôle de la société civile dans l’organisation de la COP23, sur  les solutions à apporter dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique et sur la mise en place de  huit panels thématiques,  à savoir :

 

  1. Panel Coordination générale
  2. Panel technique et scientifique
  3. Panel Animation Stand
  4. Panel Accréditation
  5. Panel Mobilisation des ressources financières
  6. Panel Communication et reportages
  7. Panel Evènement
  8. Panel Projets structurants et innovants

 

A ce jour, le Gouvernement guinéen a procédé au financement du Stand  de la Guinée. L’accréditation permet à chaque participant d’accéder au site de la  conférence par l’entremise du point focal de la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, jouant le rôle d’interface entre le Secrétariat de la Convention et le ministère en charge de l’environnement. Cette activité est en cours. Pour les membres de la délégation guinéenne, mon équipe et moi travaillons d’arrache-pied pour rendre crédible la participation guinéenne. Mes cadres ont, à travers des panels, procédé au passage en revue de quelques projets sélectionnés.

 

À ce titre, 18 projets guinéens font présentement l’objet de sélection et de traduction en anglais pour une meilleure visibilité lors des travaux de la COP23. Pendant ce temps, la commission « mobilisation des ressources », s’active à soumettre à l’autorité un budget global pour l’achat des produits promotionnels, décoration du stand, battage médiatique, évènements.

 

À l’instar des autres pays, la délégation guinéenne prendra part à plusieurs activités dont les activités liées à la pré-COP23, des travaux des Groupes des Pays les moins avancés (PMA), du Groupe africain et le Groupe G7 + Chine. Ce travail permet à l’Afrique d’affiner sa position pour parler d’une même voix. Au cours de la conférence, la participation de la délégation guinéenne se fera au niveau des travaux des organes subsidiaires de mise en œuvre de la Convention, au niveau des organes subsidiaires du conseil scientifique et technologique, ainsi qu’au groupe de travail sur l’Accord de Paris (APA). Toujours est-il que les autorités  du pays  accompagneront mon département dans des segments de haut niveau, pour renforcer la position africaine  sur des questions d’énergies nouvelles et renouvelables en relation avec  l’atténuation, l’agriculture (adaptation), renforcement des capacités, finances,  transferts de technologies.

Nous participerons  aux évènements parallèles, entre autres, à la conférence des ministres africains de l’environnement (CEMAE), et à la francophonie. Des conférences débats  seront organisées  dans notre stand en plus de la communication qui sera effective en direct de Bonn.

 

 

Voici, après quelques mois passés à la tête du département de l’environnement, ce que je pouvais livrer publiquement, en soulignant les nombreux défis et enjeux, ainsi que des perspectives, pour trouver et proposer des solutions lors de notre prochaine participation au COP23. Je termine en remerciant le Chef de l’Etat et le Premier Ministre, pour l’appui total et le soutien aux efforts, et aux initiatives du département de l’environnement,  soutient permettant de mettre progressivement en œuvre les recommandations  de la lettre de mission assignée à mon département. Je remercie toute l’équipe de la Cellule de Communication du  Gouvernement, pour l’opportunité qu’elle nous offre d’éclairer et d’informer les  populations  sur  les défis liés au MEEF.  

 

La Cellule de Communication du Gouvernement

 

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