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Germain Sossou, Secrétaire National chargé aux relations publiques du parti « Le Togo Autrement » : “le dialogue est une opportunité historique pour l’actuel président de sortir par la grande porte »

Germain Sossou, Secrétaire National chargé aux relations publiques du parti « Le Togo Autrement » : “le dialogue est une opportunité historique pour l’actuel président de sortir par la grande porte »

Depuis le 19 août 2017, le Togo traverse une crise sociopolitique. Chaque semaine, au moins une manifestation est organisée soit sur le territoire national soit dans la diaspora togolaise. Ces manifestants répondent à l’appel d’une coalition de 14 partis politiques de l’opposition dont Le Togo Autrement. Soleil fm a approché l’un des responsables de ce parti notamment son Secrétaire National chargé aux relations publiques. Dans cet entretien, Monsieur Germain Sossou dresse le bilan des six mois de manifestations et parle des attentes à l’issue du dialogue annoncé pour le 15 février prochain.

Lecture !!!

 Bonjour Monsieur Germain Sossou.

  • Vous êtes responsable du parti Le Togo Autrement, parti membre de la coalition de 14 partis de l’opposition. Selon certaines sources, la coalition connaîtrait des dissensions. On a même entendu le président de votre parti, Monsieur Fulbert Sassou Attisso demander une reconsidération des manifestations. Qu’en est-il exactement ?

Bonjour. Tout d’abord, je voudrais vous remercier de l’opportunité que vous donnez à mon parti à travers ma modeste personne de pouvoir nous prononcer sur la situation politique de notre pays à travers vos colonnes.

Vous savez bien que notre pays le Togo traverse une crise politique qui a amené les forces démocratiques à se mettre ensemble aux fins de conjuguer leurs efforts pour trouver une solution définitive, instaurer enfin un véritable Etat de droit et relancer le développement. Les 14 partis politiques qui forment aujourd’hui la coalition ont pris sur eux l’engagement solennel de mettre tout en œuvre pour  l’aboutissement des objectifs contenus dans la plateforme revendicative. Par le passé, les regroupements ont été chimériques et n’ont pas suscité un intérêt aussi important depuis l’avènement au pouvoir de Monsieur Faure Gnassingbé. Au tout début, d’aucuns estimaient que la coalition est un feu de paille et on nous donnait une durée de vie pas au-delà de quatre semaines. Mais la coalition est restée soudée depuis bientôt 180 jours. Cet état de fait ne plait pas à nos adversaires et il est normal qu’après plusieurs tentatives de déstabilisation, qu’on fasse courir des rumeurs les plus folles quant aux dissensions. Notre passé politique nous a trop instruits pour nous laisser distraire par ce qui est une vue de l’esprit.

En ce qui concerne les manifestations, oui notre parti a fait le constat que celles-ci ont faibli. Mais au-delà du constat, nous avons pris des dispositions pour faire les tournées dans les quartiers villes et villages pour remobiliser les troupes et nous sommes heureux de constater que bien de partis emboîtent nos pas.

  • 15 février 2018. Une date que les Togolais attendent désormais avec grande impatience depuis qu’elle a été annoncée comme date de démarrage du dialogue. A quoi doit-on s’attendre à l’issue de ce dialogue ?

Sur cette question du dialogue, mon parti, pour être honnête, n’attend à priori rien de bon. Nous sommes confortés dans notre position par les résultats des différentes assises que la classe politique de l’opposition a eu à faire avec le régime du père au fils. La volonté de conserver le pouvoir d’Etat a complément aveuglé ceux qui nous rejettent depuis lors. Le dialogue pour le RPT hier et Unir aujourd’hui a toujours été un moyen de calmer le peuple, de gagner du temps, dans une moindre mesure de faire des promesses qui ne se tiennent jamais. Puis une fois que le peuple s’est fié, on le roule dans la farine et le cycle reprend. Mais comme vous l’avez dit, notre parti quoique nouveau sur l’échiquier politique togolais, est membre de la coalition des 14. Nous restons solidaires et reconnaissons les efforts de la communauté internationale à aider les Togolais à trouver une issue qui stabilise le pays mais une issue qui, nous l’espérons, tiendra compte des aspirations profondes des Togolais de l’intérieur que de l ‘extérieur.

  • Au niveau de la coalition, êtes-vous prêts pour ce dialogue ?

Il faut dire que nous étions préparés à cette éventualité. Des travaux de commissions nous ont permis de nous projeter et d’anticiper. Les premières dates annoncées puis renvoyées sur le 15 février 2018 nous auraient déjà permis de savoir ce qu’allait nous réserver le dialogue tant attendu. Mais ce qui est à noter c’est que c’est un dialogue beaucoup plus souhaité par le pouvoir au tout début des manifestations et qui ne semble plus faire partie de son agenda en ce moment.

Le peuple dans les rues du Togo, lui n’est pas tout à fait pour ce dialogue ou du moins a une exigence que le dialogue devra satisfaire. Dans tous les cas, les attentes sont grandes et la vigilance est au paroxysme.

  • Dans le communiqué des médiateurs, on lit “tous les acteurs conviennent de la suspension des manifestations à compter de la publication de la date du dialogue et ce jusqu’à sa tenue et pendant son déroulement”. Pourtant, au niveau de la coalition des 14, vous semblez toujours menacer d’organiser des manifestations. N’y a-t-il pas contradictions entre ces deux discours ?

La coalition est respectueuse des normes. Vous savez que la C14 n’a pas de moyens financiers conséquents pour acheter les consciences, même si elle en avait elle ne le ferait pas. Vous savez aussi que la coalition n’a aucun monopole de la violence. La violence légitime à part les ressources accaparées, se trouve du côté du pouvoir Unir. A cela s’ajoutent  les biens et services, l’administration publique et les attributs sont au service du pouvoir. Même les espaces de liberté d’expression et de manifestations sont au bon vouloir du régime qui use et abuse.

Si la communauté internationale est à la rescousse des Togolais, c’est grâce à la mobilisation, c’est grâce à ce peuple à mains nues qui refuse l’esclavage des temps modernes. La position qui a été toujours la nôtre jusqu’au dernier communiqué, c’est de maintenir les troupes dans les rues tout en négociant. Cet exercice facilite le contact et les rapports instantanés. La vigilance étant de mise, la pression également. C’est une recette qui aurait été salutaire. Dans tous les cas, la coalition a besoin de rester très proche de la population au cours des ces assises. Les médiateurs doivent comprendre le peuple togolais, déterminé à briser les chaines de l’esclavage.      

  • Parlons à présent des manifestations organisées depuis le 19 août, d’abord par le Parti National Panafricain seul, puis avec 13 autres partis dont votre parti Le Togo Autrement. Quel bilan dressez-vous à ce jour après près de six mois de manifestations ?

Non, le bilan n’est pas à la hauteur de  nos attentes. Néanmoins, nous avons à ce jour réussi le pari de la cohésion et de l’unicité d’actions. Pour la première fois, depuis l’avènement de l’actuel locataire de la présidence, les Togolais se sont réveillés de leur sommeil à l’intérieur du pays et dans la diaspora. Nous avons en six mois attiré l’attention du monde entier sur le drame qui se joue au Togo. Nous avons créé une chaîne de solidarité sous régionale et internationale. Aujourd’hui, le monde entier sait que le Togo est un Etat de  non droit et qu’il faudra l’aider à se conformer aux principes d’une nation moderne. Mais il est clair que sur les principales revendications posées depuis le 19 août 2017, aucune n’a encore trouvé une suite favorable. Et c’est le cynisme du pouvoir qui pense que ceux qui ne sont pas avec eux n’ont droit à aucun chapitre. Ce sont des Togolais entièrement à part et leurs exigences sont bonnes à la poubelle. C’est à ce comportement qu’il faut mettre fin dans note pays.

  • Le gouvernement a lancé le processus dans le cadre de l’organisation des prochaines élections législatives et locales puis, éventuellement, d’un référendum. Pendant ce temps, l’opposition semble bouder ce processus au profit des manifestations. Aujourd’hui, pensez-vous avoir vraiment les moyens pour bloquer ce processus ?

Il ne s’agit pas de bloquer. Nous ne sommes pas dans une démarche de force ou de violence. Notre action justement vise à créer des conditions les meilleures pour l’organisation des élections dont les résultats seront acceptés par tout le monde. A ce stade, tous les instruments des élections sont caporalisés. Le code électoral et le fichier des électeurs sont problématiques. Comment pourrions-nous aller aux élections dans la situation que je venais de peindre ? Le fait même que le même régime soit au pouvoir pendant un demi siècle dont il prétexte avoir gagné toutes les élections de l’ère démocratique reste une curiosité.

Notre parti politique a une vision. Il voudrait contribuer au renouvellement de la classe politique et permettre aux jeunes de s’intéresser aux affaires publiques en commençant l’expérimentation politique à la base avec des locales puis bien des années plus tard à l’Assemblée Nationale, faire une expérience gouvernementale au besoin avant de s’apprêter pour la magistrature suprême. Ce parcours qui a fait défaut à l’élite politique sera la démarche du parti Le Togo Autrement afin de voir se proliférer sur  la terre de nos aïeux une nouvelle race d’hommes politiques. Vous comprenez donc que les élections sont essentielles pour notre parti. Mais pour éviter de tomber dans les travers, il est important que sur le chemin de la refondation, il faudra assainir le climat politique propice au nouveau contrat social.

En ce qui concerne le referendum, il n’est pas pour nous à l’ordre du jour. Si un referendum doit intervenir, il devra être consensuel comme celui de 1992 qui a amené tous les acteurs politique à appeler pour le OUI. Dans la situation actuelle un referendum qui diviserait davantage les Togolais n’est pas conseillé.       

  • Nous arrivons au terme de notre entretien. Un message à l’endroit de vos militants et aux Togolais en général ?

Merci encore une fois. Le dialogue va s’ouvrir le 15 février 2018, de ce dialogue doit sortir la décision historique du Chef de l’Etat à ne plus se représenter en 2020 et à acter la dissolution de l’actuel gouvernement pour la formation d’un gouvernement transitoire avec la mission de recomposer les institutions entrant dans l’organisation des futures élections. C’est à mon humble avis la seule et unique voie qui pourrait calmer la rue, redonner confiance et stabiliser pour longtemps le pays. 52 ans de pouvoir c’est beaucoup et c’est trop.

Le dialogue est une opportunité historique pour l’actuel président de sortir par la grande porte. Se mettre au dessus de la mêlée en prenant la mesure des choses et en donnant aux Togolais le minimum qui changera le regard de bien des acteurs sur la personne du Président de la République et de sa gestion. Ce geste à lui seul effacera l’ardoise de 50 ans de prédation et fera de lui un dirigeant exemplaire à qui on se fiera après le pouvoir. Refuser et s’obstiner, c’est engager le Togo dans l’impasse et le chaos.     

Monsieur Germain Sossou, merci.

C’est moi qui vous remercie et je salue tous vos lecteurs

 

Arafat Djaona depuis Lomé pour Soleil FM Guinée

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