23 février 2019
Soleil FM

Bilan 2018 : Nouhou Djibo, président du CGDPC à cœur ouvert (Interview)

Guinée politique Infos

Au Togo, 2018 aura été l’une des années les plus mouvementées au plan sociopolitique. La manifestation du Parti National Panafricain (PNP) du 19 août 2017 a abouti à une crise. Les protagonistes ont décidé, sous la facilitation de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, de dialoguer. Une feuille de route sera proposée par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de cette institution puis va aboutir à l’organisation des élections électorales le 20 décembre 2018. Des élections boycottées par les partis de l’opposition membres de la C14. Que retenir de l’année 2018 ? A quoi s’attendre en 2019 ? Nohou Djibo, président du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises dresse son bilan au micro de Soleilfmguinee.net.

Soleilfmguinee.net: 20 décembre, une date annoncée à hauts risques pourtant passée presque inaperçue. Quel sens donner à ce qui s’est passé en cette fin d’année ?

 Nouhou Djibo : Il faut dire, qu’au regard de l’ambiance politique qui règne dans le pays pendant plus d’un an, du dispositif militaire mobilisé et mis en place par le pouvoir pour la sécurisation du scrutin, et des mesures de restriction de mouvements des personnes prises par le gouvernement à la veille du scrutin, on  ne peut s’étonner que la date du 20 décembre soit passée presqu’inaperçue. Les violences ne sont bonnes en rien et c’était d’ailleurs là, le plus grand défi à relever. Car  le gouvernement devait donner la preuve qu’en étant resté sourd aux multiples appels au report de ces élections par plusieurs groupes socio professionnels, il était capable d’en assurer le bon déroulement. Il devait en effet prouver à l’opinion nationale et internationale qu’il agissait en toute sérénité.  Et comme nous avons pu le constater au soir du 20 décembre, les élections ont eu lieu sans graves incidents car une grande partie du peuple est restée à domicile.

Eh bien, le 20 décembre, les Togolais à près de 60% ont renouvelé leur Assemblée nationale. Une nouvelle configuration qui exclut les « poids lourds » qui ont toujours constitué l’opposition parlementaire. Va-t-on vers un renouvellement de la classe politique tel que souhaité par bon nombre d’observateurs de la politique togolaise ?

Je crois que cette élection a simplement permis le renouvellement et la reconfiguration de la représentation nationale. Parler d’un renouvellement de la classe politique me semble inopportun dans le contexte actuel. Car le fait, pour ces « poids lourds » comme vous les désignez, d’être désormais de l’opposition extra-parlementaire, ne les exclut pas pour autant des débats politiques. Par conséquent, ils sont toujours de cette classe politique active qui a piloté tout ce que le pays a connu depuis Août 2017. D’ailleurs, ils constituent jusqu’à preuve du contraire, les porte-voix d’une partie du peuple qui se reconnait en eux.  En ce sens, je peux dire que l’exemple le plus illustratif de l’influence que peut avoir un parti extra-parlementaire dans le paysage politique, nous a été donné par le Parti National Panafricain (PNP) de Tikpi Salifou ATCHADAM, le 19 août 2017 et j’ose croire que même en étant extra parlementaire ces partis vont continuer  le jeu politique pour l’ancrage  de la démocratie réelle dans notre  pays.

Toutefois, on pouvait espérer que certains leaders de la coalition des 14 partis de l’opposition passent le témoin à une nouvelle génération d’hommes politiques qu’ils auraient formés tout au long de leur parcours. Ce serait aussi et surtout un bel exemple de la culture de l’alternance qu’ils auraient ainsi donné. Il faut vraiment qu’on le dise, la classe politique togolaise a besoin de sang neuf pour un nouvel élan.

 On retiendra de 2018 l’échec d’un 27ème dialogue politique au Togo. Dialogue, manifestations, répressions, sommet de la CEDEAO à Lomé, processus électoral dénoncé par certains, encouragé et conduit par les autres, élections législatives. Quel a été l’événement qui vous a le plus marqué durant ces douze derniers mois ?

Pour le responsable d’organisation de la société civile que je suis, tout événement sociopolitique du pays attire mon attention et m’emmène à réagir au besoin. Et pour le dialogue initié en février 2018, nous avons encouragé les acteurs à faire preuve de bonne foi malgré la duplicité de langage qui caractérise un bon politicien. Alors,  il faut dire que j’ai suivi avec la même attention, tous ces grands événements ayant marqué 2018. Mais je déplore le fait que les acteurs politiques ne puissent pas s’élever au-dessus de tous, et éveiller  en eux, la fibre patriotique de sorte à s’accorder autour d’un dialogue franc et sincère afin d’épargner le pays de cette violence gratuite qui ne fait que retarder le Togo. Le processus de Justice transitionnelle  est en cours et c’est déplorable qu’en plein processus de réconciliation nationale, dont la phase d’indemnisation des victimes se poursuit encore que le sang des Togolais continue par couler pour les mêmes querelles politiques.

Tout en espérant que cette page sombre de notre histoire sera enfin tournée, je voudrais m’incliner devant la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie à cause des querelles politiques, et souhaiter prompt rétablissement aux blessés. Je voudrais aussi témoigner ma compassion à tous ceux qui sont actuellement en détention, à ceux qui ont été obligés de s’exiler et à ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont fait les frais de cette crise politique, qu’ils soient civils ou militaires.

 La coalition regroupant 14 partis politiques de l’opposition, principale contestataire, annonce une nouvelle phase pour la lutte pour la démocratisation du Togo avec des manifestations à partir du 12 janvier 2019. Doit-on craindre pour les périodes à venir ?

Je crois que les manifestations de rue ont montré leur limite en ce qui concerne la volonté de l’opposition coalisée à  changer l’ordre politique. Surtout que ce sont des manifestations annoncées d’avance. Nul n’ignore que cela permet à l’autorité de prendre des mesures qu’elle juge opportunes pour non seulement veiller à la sécurité, mais aussi pour maintenir l’ordre constitutionnel. Cela dit, j’estime que le schéma du 12 janvier 2019 ne sera pas assez différent de celui des manifestations auxquelles nous avons assisté jusqu’ici. A part celui du 19 août 2017 où bien entendu, la force mobilisatrice du PNP était sous-estimée par l’autorité. Ce qui est à craindre en revanche, c’est des possibles affrontements entre forces de l’ordre et manifestants. Et si on en arrivait là, ce sera une fois encore déplorable pour le Togo.

Les Togolais continuent d’attendre le message de nouvel an du Président de la République. Que lui proposeriez-vous de dire si vous étiez son conseiller ?

D’abord, si j’étais un conseiller du Chef de l’Etat, je lui suggérerais de s’adresser plus souvent à son peuple. Même si l’on dit souvent que c’est des actes que naît la confiance, la communication pour sa part est indispensable à la création et à l’entretien  d’un climat de cohésion, de complicité  et d’estime entre les gouvernants et les gouvernés. C’est-à-dire que non seulement le Chef de l’Etat doit parler à son peuple mais aussi il doit agir dans le sens de la recherche ou la préservation du bien-être de ce peuple. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est porté à la magistrature suprême.

Ensuite, concernant le message qu’il devrait livrer à la nation, je proposerais au  Chef de l’Etat de placer cette nouvelle année sous le sceau du pardon et de la réconciliation nationale véritable. Alors il devra donner le parfait exemple en graciant, d’une part, tous les détenus politiques, et d’autre part, en faisant son mea culpa au peuple Togolais pour ces mois sombres que le pays a traversé.« `

Enfin, qu’il annonce des mesures qui puissent alléger la souffrance des Togolais et veiller à leur mise en œuvre effective. Car il faut, pour que la paix véritable règne, une distribution plus ou moins équitable des richesses du pays afin de réduire un tant soit peu, les injustices sociales. L’augmentation du SMIG par exemple sera beaucoup appréciée par les Togolais surtout que nous sommes dans « un mandat social ». Je pense que c’est possible de le faire. Il suffit d’assainir la gouvernance publique et punir ceux qui détournent les biens de l’Etat.

Des voeux pour la nouvelle année ?

Pour cette nouvelle année, je souhaite une paix véritable au peuple togolais. Que finisse l’ère de la paix imposée  par la peur des baïonnettes, pour que le Togolais puisse respirer enfin l’air de la liberté retrouvée. C’est à cette condition, je crois, que la cohésion naîtra et le développement s’en suivra. Que Dieu veille sur le Togo. Fructueuse année 2019 à tous.

 

Interview réalisée par Arafat Afuane depuis Lomé pour Soleilfmguinee.net

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