14 octobre 2019
Soleil FM

Des féministes africains à l’école d’EQUIPOP à Ouagadougou

Afrique Infos

En Afrique de l’Ouest, le féminisme gagne du terrain face aux pesanteurs socio-culturelles. Dans les pays francophones de la région, le combat pour l’égalité des sexes, la lutte contre les violences basées sur le genre, la participation inclusive des filles et femmes au processus de développement sont au cœur des  agendas des gouvernements, des partenaires et des mouvements féministes. Equilibres et Populations (Equipop),  a organisé du 27 au 30 novembre 2018 à Ouagadougou, un atelier sous-régional sous le thème « amplifier la voix des mouvements des jeunes féministes d’Afrique de l’Ouest », en faveur des activistes pour qui les droits des femmes comptent.

Depuis 1993, les équipes d’Equipop, agissent pour le mieux-être des filles et femmes en vue de leur plein accès aux droits, notamment aux soins de la santé reproductive. C’est dans cette dynamique qu’en fin novembre 2018, Equipop a réuni 28 activistes de la société civile au tour du concept de féminisme et des moyens capables de booster les voix qui soutiennent les droits des femmes et l’établissement de la justice sociale. L’atelier a permis une mise en réseau des participants. Un projet commun de mobilisation en faveur des droits des femmes fut aussi un des axes de cet atelier.

Cinq messages forts pour renverser les tendances inégalitaires

Au terme des travaux, cinq (05) messages porteurs d’espoir ont été mis en avant. Des messages qui concourent tous à un changement positif des sociétés africaines.

Les 28 féministes ont invité les Etats à promouvoir le droit des femmes de disposer librement de leur corps. Un message qui interpelle les gouvernants sur la nécessité de garantir l’accès des femmes aux soins de santé, notamment aux services de planification familiale. Plusieurs pays ont encore des taux de prévalence contraceptive très faible, largement en dessous de la moyenne mondiale. Aujourd’hui, le taux des besoins non satisfaits des femmes en méthodes modernes contraceptives tourne autour de 30 % dans la sous-région ouest-africaine selon le Population Reference Bureau. Ces activistes africains interpellent les Etats à agir dans l’urgence. Un message porté par Néné Maricou de Youth Women for action du Sénégal.

A travers la voix d’Alexia Hountodji du Rayon des initiatives culturelles musicales et des arts oraux du Bénin, les participants attirent aussi l’attention du monde sur la nécessité de démocratiser l’accès des filles à une éducation de qualité dans un environnement dépourvu de toutes formes de violences.  En effet, l’éducation des filles reste un défi majeur dans la sous-région. A cela vient se greffer l’autonomisation économique des femmes. Les femmes doivent accéder à des emplois et salaires décents. Le travail domestique dont les femmes se chargent dans nos pays doivent être reconnus par tous, estiment ces féministes. Selon le rapport intitulé travail domestique et emploi :quel arbitrage pour les femmes , plus les femmes sont absorbées par les tâches domestiques, moins elles sont présentes sur le marché du travail. Dans sa conclusion, le même rapport indique que les femmes assurent 43 % du temps de travail de marché au sein des ménages en Afrique sub-saharienne. Mais cela n’est pas reconnu dans le produit intérieur brut des pays de la région. D’où la nécessité de migrer vers une reconnaissance formelle du travail des femmes.

Un appel pressant a été aussi lancé en faveur d’une budgétisation sensible au genre dans l’ensemble des pays. Jonas Dossou Kindafodji, jeune ambassadeur pour la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes du Bénin porte cet engagement auprès des décideurs. Et enfin un dernier combat, pas les moindres, s’articule autour de la participation effective des jeunes et des femmes dans les instances de prise de décision. Dans plusieurs pays, notamment en Guinée, les femmes et les jeunes sont quasi absents dans les instances de décision. Des politiques de développement sont élaborées pour eux en leur absence. La donne doit changer selon les acteurs de la société civile ayant pris par à la rencontre de Ouagadougou.

28 activistes mais une seule vision : la promotion des droits des femmes et des jeunes

Ils sont venus de huit (8) pays de l’Afrique de l’Ouest. Du Bénin en passant par le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger et enfin le Sénégal. Ils sont jeunes, femmes, hommes et utilisent toutes les plateformes légales pour contribuer à la promotion des droits de la moitié féminine de l’humanité, c’est à dire les femmes.

Depuis la côte d’Ivoire, OUATTARA Aïchatou, blogueuse-activiste tient son blog AFROFEMINISTA dédié  à la problématique du genre en Afrique et dans la diaspora. Elle est suivie par des milliers de personnes. Cette pharmacienne de profession a un cœur qui vibre pour la cause de la femme. A travers ses réflexions, elle dénonce les conditions de vie difficile des femmes.

« Mon blog m’a permis de mettre en lumière les réalités spécifiques vécues par les femmes afrodescendantes et africaines » a – t – elle témoigné au micro d’Equipop.

La voix de la république malienne n’a pas été absente à ce rendez-vous. Elles étaient trois femmes, venant de la société civile.  Des femmes qui militent pour les droits des enfants, des femmes et la participation citoyenne. Pour ZIKA SOMBEIZE Halimatou, présidente de la Cellule Nigérienne des Jeunes Filles Leaders (CNJFL), tout doit être fait pour que les filles et femmes aient confiance en elles. Le Niger, un pays conservateur mais où émergent des talents capables de créer l’espoir, là où tout semblait impossible.

Quatre jeunes dont Hadja Idrissa Bah ont porté la voix de la Guinée à cet évènement.

Le repositionnement de la place de la femme dans la société et l’effectivité d’une Afrique plus égalitaire est au cœur du combat de Hadja Idrissa Bah, présidente du club des jeunes-filles leaders de Guinée. A travers l’atelier de formation de Ouagadougou, elle a reçu des outils supplémentaires pour mieux poursuivre son combat.

« Ma compréhension du concept de féminisme s’est améliorée après cette rencontre de Ouagadougou, je me sens mieux armée dans mon combat pour l’émancipation des filles et femmes », explique Hadja Idrissa Bah pour exprimer toute l’utilité de la formation.

Au-delà d’être encouragée d’avantage à poursuivre la vision du club des jeunes filles leaders de Guinée, Hadja Idrissa Bah a compris que la promotion pour l’égalité genre implique aussi une pleine participation des hommes.

« Avant, je pensais que le féminisme consistait à mettre les hommes de côté pour élever les femmes. Mais j’ai compris que même les hommes s’y retrouvent notamment ceux qui soutiennent la lutte que nous menons », a t – elle confié.

Les défis d’un développement équitable et juste impose aux pays de l’Afrique le respect des engagements pris durant ces dernières décennies. Le rendez-vous de Ouagadougou fut aussi l’occasion pour les féministes présents de passer en revue les promesses tenues ou non de nos gouvernements par rapport au respect des droits des femmes et des couches vulnérables.

 « L’atelier a été instructif parce que ce fut l’occasion pour Equipop de nous rappeler tous les engagements pris par nos Etats et qui n’ont pas été respectés et de voir comment nous pouvons être présents dans les grandes rencontres internationales sur la femme. L’Afrique de l’Ouest est souvent absente dans ces grandes rencontres », précise Hadja Idrissa Bah.

A 19 ans, cette jeune fille se bat sur des fronts où des aînés à elle ont échoué. Elle et son équipe se battent contre les mariages précoces, l’excision, les violences sexuelles faites aux filles. Des sujets sensibles dans un pays où des traditions défavorables aux femmes perdurent avec près de 92% des filles victimes de mutilation génitale féminine.

 

Afiwa Mata AHOUADJOGE

 

 

 

 

 

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