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L’interview du mois : Mohamed Lamine Doumbouya, ministre du budget 

L’interview du mois : Mohamed Lamine Doumbouya, ministre du budget 

Pour consulter et télécharger ce nouveau numéro, merci de cliquer ici.

 

Conakry, le 11 Avril 2018 – Le département du Budget a pour vocation profonde de proposer une stratégie soutenable des finances publiques et agir dans ce cadre pour des politiques publiques performantes ! 

La bancarisation du paiement des impôts, la dématérialisation des bulletins de salaire des fonctionnaires guinéens, la mise en place d’un gestionnaire de voyage appelé E-BIASSI et l’extension de l’accès à la chaîne des dépenses sont, entre autres, les nouvelles mesures initiées actuellement par le Ministre guinéen du Budget, invité du mois dans ce nouveau numéro du BDG.

 

Pour commencer cet entretien Monsieur le Ministre, comment se porte aujourd’hui, au plan économique, la Guinée où de nombreuses réformes sont engagées pour la relance de l’économie ?

 

J’ose me permettre de répondre par l’affirmatif, que la Guinée, du point de vue économique, se porte mieux. Ceci dit, il y’a quelques difficultés que nous sommes en train de surmonter, comme toute économie en environnement instable, parce qu’il y a dans l’exercice de la conduite de notre économie, ce qui relève effectivement de nous d’une part, et ce sur quoi, d’autre part, nous n’avons pas d’emprise, notamment les facteurs exogènes qui viennent de l’extérieur. Quand on a une combinaison de ces deux phénomènes, il est clair qu’on peut connaitre des moments de crises ou de croissance économique. Mais dans tous les cas ce que nous faisons actuellement, c’est de conduire notre économie à travers des réformes majeures, importantes et structurelles qui inscrivent notre économie dans une phase de résilience,  pour que  l’objectif qui a été affiché par le Président de la République, d’aller vers une croissance à deux chiffres à l’horizon 2020, puisse être réalisé.

 

Actualité oblige Monsieur le Ministre, face à la crise que traverse le pays, certains observateurs estiment qu’il faut réduire une bonne partie du budget alloué à la Présidence de la République, tout comme les dépenses courantes de l’équipe gouvernementale pour faire face à la revendication du SLEG ! Partagez-vous ces avis ?

 

Je peux comprendre que les uns et les autres veuillent proposer des solutions mais celles-ci doivent être durables, et non ponctuelles ou à la va vite. Un salaire est à prévoir sur une longue période, c’est-à-dire jusqu’à la retraite. De notre point de vue, ce serait donc un mauvais procès que l’on ferait à la Présidence, d’autant plus que beaucoup de services publics y sont rattachés : comme l’Agence pour la Promotion des Investissements Privés, l’Office National de Pétrole, l’Office Nationale des Bourses Extérieures, la Direction Général du Patrimoine Bâti Public,  l’Agence Nationale  de Lutte contre la Corruption, etc., et tous ces services publics rattachés, bénéficiant du budget de l’Etat, viennent bien évidemment s’additionner au budget proprement dit de la Présidence.

 

Je peux bien comprendre ceux qui émettent des critiques, mais notre rôle est de réduire les dépenses courantes au profit des dépenses d’investissements pour soutenir notre économie. J’en veux pour preuve, dans la loi de finance pour 2018, le budget des investissements a augmenté de 68 % par rapport à 2017. Il est passé de GNF 4 mille milliards à plus de GNF 7 mille milliards. Des budgets de fonctionnement sont en train d’être réduits, et cette année nous projetons de geler les achats d’un certain  nombre de biens et de services pour permettre à l’économie de créer de la richesse et des emplois car, en continuant à tout mettre dans la consommation, nous détruisons, et pire, nous consommerons ce que nous nous importons au lieu de bâtir l’économie au niveau local. Nous travaillons avec des partenaires, comme le FMI, à rationaliser les dépenses publiques à tous les niveaux afin de pouvoir générer plus de  croissance économique.

 

En décembre 2017, vous avez présenté en Conseil des Ministres des Projets sur la dématérialisation des bulletins de salaire, et la rationalisation des dépenses publiques par la mise en place d’un gestionnaire de voyages appelé « E-biassi ». Près de trois mois après où en êtes-vous ?

 

« E-biassi » est un produit qui rentre dans les réformes structurelles que nous menons, qui doivent nous conduire à améliorer et à harmoniser nos dépenses et accroitre effectivement nos recettes publiques en vue de mieux contrôler le solde budgétaire et les indicateurs de base. Par exemple, il y a du côté des transports une évolution inquiétante des frais de déplacements des fonctionnaires et autres cadres. On se rend compte qu’il y a des agences non homologuées qui vendent des billets à l’administration! Des agences de voyage qui n’ont pas de licence authentique. Celles-ci ne peuvent donc pas intervenir en cas de problèmes, faute d’être répertoriées dans le réseau  international standard.

 

Un autre problème concerne les cas de surfacturation des  frais de transports. A titre d’exemple, deux personnes qui font un même trajet ne payent pas parfois le même prix.

 

Tous ces faits relèvent de la corruption et une loi anticorruption à l’initiative du Président de la République commande d’agir pour moraliser la vie publique, et c’est ce qui a conduit, entre autre, à concevoir cet outil « E-biassi ».

 

Et pourquoi dématérialiser les bulletins de salaire des fonctionnaires?

 

Nous sommes dans une zone équatoriale qui a un patrimoine forestier assez important et qui est menacée depuis longtemps. La coupe de bois pour fabriquer, entre autres,  du papier menace l’environnement. La version électronique du bulletin de salaire est un des signes du progrès car imprimer systématiquement des milliers, voire des millions de documents, contribue à consommer des tonnages importants de papiers fabriqués avec la destruction de nos forêts. Nous nous inscrivons dans la modernisation de l’administration  publique qui passe par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

 

La mise à disposition d’une  nouvelle nomenclature budgétaire au sein de la Direction Nationale du Budget suscite beaucoup de débats ces temps-ci ; de quoi s’agit-il ?

 

La loi de finance s’appuie sur des lignes budgétaires auxquelles sont attribuées des dénominations au fil des créations, ou des disparitions d’institutions.

 

Il se trouve que notre nomenclature n’a pas été actualisée depuis plus d’une décennie, ce qui fait qu’aujourd’hui il y a des départements qui ont été créés, à qui on attribue des lignes qui ne reflètent pas la réalité. D’autres institutions ont même disparu. C’est le cas du Ministère du Contrôle Économique. Par contre, d’autres sont de création récente comme le Ministère des Postes, Télécommunications et de l’Économie Numérique. . Il y a aussi d’autres Ministères qui ont été scindés comme celui de l’éducation nationale.

 

Il faut donc chaque année actualiser la nomenclature, pour l’adapter aux nouvelles réalités et cela participe sans doute à une amélioration de la transparence budgétaire. Lorsque les lignes sont floues, on a du mal à faire des imputations. Nous sommes tenus de faire des rapports d’exécutions budgétaires trimestriels, pour leur accessibilité à tous les acteurs : – Cour des comptes ; -Commission économique du  parlement ; -Société civile ; – décideurs et partenaires etc. Nous avons eu, il y a peu, un sommet international sur le budget pour permettre aux uns et aux autres de comprendre ce qu’est le budget de l’Etat, comment il est structuré.

 

Pour le renforcement du contrôle aux frontières, la douane guinéenne s’est dotée d’une division de renseignements et d’analyse de risques. Comment cette division joue-t-elle son rôle ? Et depuis sa mise en place des résultats probants ont-ils été obtenus ?

 

La mission de la douane est triple :

  • nos services ont la responsabilité de veiller sur notre espace économique ;
  • de veiller sur notre environnement vital ;
  • de veiller sur notre  sécurité physique et celle des biens des différents acteurs.

 

Nous savons ce qui se passe en dehors de nos frontières dans la sous-région où parfois nos soldats sont sur le terrain comme à Kidal. Dans un tel espace géographique où les risques sont nombreux, il faut anticiper, prévenir en contrôlant les itinéraires. Car des individus de toutes qualités vendent des drogues et des armes, des faux médicaments et des contrefaçons. Et nous risquons quotidiennement l’invasion terroriste. Les risques économiques et environnementaux foisonnent par tout, les affaires et le développement en pâtissent. Ces risques exacerbent la misère et la souffrance des populations innocentes.

 

Les nombreuses réformes engagées ces derniers temps amènent la direction nationale des impôts à doter les contribuables de numéros d’identification fiscale permanents ‘’NIF’’. Qu’est-ce qui a motivé cette mesure?

 

C’est pour lutter contre la fraude, l’évasion et  l’éviction fiscales, car on constate qu’il y a des opérateurs économiques qui ont tendance à utiliser plusieurs numéros d’identification fiscale pour échapper aux fiscs. Il est courant qu’un opérateur qui importe 10 véhicules, n’en déclare qu’un seul et c’est ce seul papier légal qui va servir pour tous les autres véhicules. Les passagers clandestins sont également concernés par ces nouvelles mesures. Il faut éliminer toutes les pratiques en sécurisant les biens et les opérations à nos frontières pour avoir aussi des statistiques fiables.

 

Les opérations sont déjà en cours et se termineront en Juin.

 

 

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La Cellule de Communication du Gouvernement

 

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