17 août 2019
Soleil FM

Madagascar : mobilisation en baisse au second tour des présidentielles

Afrique

Dès 6 heures du matin, près de 10 millions de Malgaches étaient appelés à se rendre aux urnes pour élire leur prochain président. Sans perturbations notables, la participation déjà faible au premier tour (45.7%), serait encore en baisse, reflet d’une certaine lassitude des électeurs qui ont pourtant dû faire un choix entre les frères ennemis, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana…

‘est le match retour pour les deux anciens présidents de Madagascar qui n’avaient pas été autorisés à se présenter en 2013, afin d’éviter les troubles politiques. 2018 représente donc l’année de la revanche pour les deux hommes d’affaires, tous deux anciens présidents, qui ont fait campagne à grand renfort marketing. Rien d’illégal au demeurant, les budgets associés aux campagnes électorales n’étant pas limités par un quelconque plafond légal à Madagascar.

Les meetings des candidats avaient comme des airs de fêtes pour une population exsangue, frappée par un chômage endémique et par une criminalité exponentielle. Il faut dire qu’entre les feux d’artifice et les camions de campagne sillonnant l’île, à faire pâlir le tour de France, les deux hommes n’ont pas lésinés sur les moyens. Ces derniers jours, des affiches portraiturant le candidat n°25 Marc Ravalomanana derrière la barbe du père Noel, avaient été placardées sur les murs de la capitale…

Toutefois, au-delà des mises en scène électorales spectaculaires, les enjeux du scrutin dépassent largement la simple revanche personnelle des deux hommes, la prise du pouvoir conditionnant l’accès aux richesses de Madagascar et déterminant l’avenir d’un des pays les plus pauvres du monde…
L’abstention : le premier parti malagasy…

En ce jour de deuxième tour, l’affluence a encore baissé notamment à Tananarive où les files d’attente du premier tour n’étaient plus qu’un vague souvenir malagasy… « Il y a moins de monde dans les bureaux de vote. A midi, il y a 4 à 5% de participation en moins par rapport au premier tour » a déclaré Cristian Preda de la mission d’observation de l’Union Européenne. A 17h, le taux de participation était de 43.67% selon un chiffre encore provisoire de la CENI.

Un constat qui ne surprend guère, au regard de la dernière élection présidentielle, durant laquelle l’abstention s’était envolée au second tour. On peut donc craindre aujourd’hui une situation similaire. « J’appelle les Malagasy à exercer leur droit démocratique et à voter massivement pour décider de l’avenir de notre chère patrie » déclarait Andry Rajoelina, à la sortie de l’isoloir. Rappelons que le premier tour avait enregistré une abstention supérieure à 45%. «Ces élections sont très très importantes » a quant à lui souligné Marc Ravalomanana ce matin, appelant également ses électeurs à se mobiliser. Lors des dernières élections présidentielles, parmi les électeurs qui s’étaient déplacés pour les candidats évincés dès le 1er tour, un quart d’entre eux ne s’était pas rendu aux urnes lors du second tour et l’abstention avait progressé de 10 points.

Force est de constater que la mobilisation est en inadéquation avec les enjeux du scrutin dans un pays enlisé dans l’extrême pauvreté. Comment expliquer cette désaffection manifeste ? Il faut dire que les deux candidats ne sont pas des inconnus et que la situation des Malagasy ne s’est guère améliorée durant leur mandat respectif. Chacun promet néanmoins avoir changé et être apte à relever le défi de la pauvreté en cas de victoire. Plus prosaïquement, au-delà de la lassitude des électeurs, le transport pour se rendre aux urnes voire les frais de bouche ce cette journée, représentent encore des obstacles pour nombre d’électeurs malgaches…
La crainte de fraudes électorales…

A midi, l’UE par la voie de Cristian Preda revenant de Tuléar, a constaté le bon déroulement de ce second tour : « la mission d’observation électorale de l’UE est là pour suivre toutes les phases du processus. Nous avons déjà fait quelques constats : d’une façon générale l’ouverture des bureaux de vote s’est bien passée. On a eu un seul problème avec des retards dans l’ouverture, de l’ordre d’une trentaine de minutes dans un certain nombre de cas, liés à l’organisation. » Poursuivant son propos, il affirme s’agissant de : « l’incident lié aux bulletins qui ont été dérobés (en amont du vote) – que – la CENI (Commission électorale nationale indépendante) a tout de suite réagi et – que – les bulletins ont immédiatement été remplacés à Tananarive. »

En effet, avant même la tenue du second tour, le 16 décembre dernier, Marc Ravalomanana alertait des manœuvres de fraudes: cartes électorales et cartes d’identité auraient été distribuées pour augmenter le nombre d’électeurs « fantoches ».

« Dans plus de 90% des bureaux de vote, les délégués des deux candidats sont présents. C’est un bon signe car chaque équipe pourra suivre ce qu’il se passe. La possibilité de fraude est minimale » s’est réjoui Cristian Preda de l’UE. Pourtant, les soupçons se dessinent également du côté d’Andry Rajoelina: « En cette journée de vote, nous relevons de nombreuses manipulations, actes de corruption et tentative de détournement des voix, de la part des partisans du candidat n°25 Marc Ravalomanana dans de nombreux bureaux de vote ». Des anomalies qui ont été transmises à la CENI selon l’équipe de campagne du n°13.

Madagascar sous tension, dans l’attente des résultats définitifs

Il n’existe pas de système clientéliste à Madagascar, une petite élite se partageant l’essentiel des richesses, les candidats ne disposent donc pas de base électorale solide. Cependant, le mécontentement général pourrait dans les jours à venir, fédérer une large partie de la population.

Le premier tour du 7 novembre dernier avait révélé des résultats très serrés entre Andry Rajoelina arrivé en tête avec 39.23% des voix devant Marc Ravalomanana qui recueillait 35.35% des suffrages. Bien malin qui pourra prédire l’issue de ces élections… Le risque de contestation des résultats demeure élevé bien que chaque candidat ait déclaré qu’il accepterait le verdict des urnes, en cas de défaite. Marc Ravalomanana posant néanmoins la condition du bon déroulement du scrutin…

Pour rappel, les deux candidats avaient déjà contesté les conditions de vote du premier tour, avant même l’annonce officielle des résultats par la CENI. En 2002, Ravalomanana avait quant à lui, contesté les résultats, appelant ses militants à descendre dans la rue, provoquant la fuite de son adversaire Didier Ratsiraka.

Selon l’UE, le système de surveillance devrait globalement garantir la transparence des résultats, même si tout risque de voir l’un ou l’autre des candidats invoquer des dysfonctionnements pour remettre en question ce second tour, n’est pas à exclure.

Les résultats de ces présidentielles ne seront pas connu avant plusieurs jours (NDR : au plus tard le 9 janvier 2019), le temps pour la CENI de procéder au comptage des voix, puis à la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) de valider les résultats. Cependant, des premières estimations devraient tomber dans les heures à venir. Madagascar retient son souffle, dans l’attente du verdict populaire pour ce coude à coude qui a comme un air de revanche.

Avec Afrique.LaTribune

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