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TPI de Mamou : Un policier condamné pour complicité d’évasion d’un prisonnier

TPI de Mamou : Un policier condamné pour complicité d’évasion d’un prisonnier

Le tribunal de première instance(TPI) de Mamou a dans son délibéré du mardi 04 juillet 2017, condamné un policier guinéen en service à Dalaba à 6 mois dont 2 mois ferme, 4 mois  avec sursis. Allassane Bangoura a été reconnu coupable du délit de complicité d’évasion de Mamadou Tounkara présumé trafiquant de peaux de panthère et de crocodiles, espèces animales intégralement protégées par le code de faune et règlementation de la chasse mais aussi par la Convention de Washington.

Les cas d’évasion de suspects et de prisonniers dans les commissariats, les maisons d’arrêts à Conakry et à l’intérieur du pays sont devenus récurrents. Les 3 dernières années en disent long sur ce phénomène : le 7 septembre 2016 à Pita, 13 prisonniers se sont évadés de la prison, le 9 novembre 2015, près de 1600 détenus à la Maison Centrale de Conakry avaient pris d’assaut l’enceinte du milieu pour tenter de s’évader et enfin le 6 août 2014, une dizaine de prisonniers s’est évadé à Kankan.

Selon nos informations, ces multiples tentatives d’évasion s’expliquent par la complicité de certains agents en uniformes au niveau des commissariats de police du pays mais aussi par la corruption grandissante qui règne au niveau de l’administration pénitentiaire.

Pour mettre un terme à cette pratique rétrograde qui affaiblie le système pénitencier en jetant du discrédit sur toute la Justice Guinéenne ayant comme conséquence la recrudescence de la vindicte populaire,  le TPI de Mamou tente de lever son  bouclier. Dans son délibéré du mardi 04 juillet 2017, le juge a reconnu coupable Alassane Bangoura en service au commissariat central de la police  de Dalaba, du délit de complicité d’évasion d’un présumé trafiquant de trophées d’animaux sauvages intégralement protégés. Sur l’action publique, le tribunal condamne le prévenu à  6 mois d’emprisonnement dont 2 mois ferme et 4 mois assortis de sursis. Au titre de l’action civile, le tribunal a reçu le Cabinet SCPA (Société Civile de Professionnels d’Avocats) Mounir et Amara installé à Conakry en sa constitution de partie civile représentant le Ministère de l’Environnement des Eaux et Forêts au compte de l’Etat, condamne Allassane Bangoura au paiement de 5.000.000 GNF comme dommages et intérêts.

Interrogé à propos, le commissaire central de Dalaba M. Sékou Samoura se dit félicité de la décision tout en déplorant les conditions précaires dans lesquelles son service est plongé : « Nous nous félicitons de la décision. Car dans notre rôle régalien qui est celui  de garantir la liberté des citoyens, protéger les personnes et de leurs biens, défendre les institutions de la République, nous avons des responsabilités à assumer. Toute personne présumée être auteure de quoi que ce soit doit répondre devant la justice.  Donc, comme je vous l’avais dit que personne  n’est au-dessus de la loi, cette décision va être servie comme exemple parmi tant d’autres pour discipliner nos hommes comme nous le faisons  chaque matin. Tout de même, nous somme devant une vétusté d’infrastructure et du manque criard du personnel qui nous posent tant d’embuches dans l’atteinte de nos objectifs. Ce que nous remontons comme préoccupation à nos hiérarchies dans les différents rapports ».

Le colonel Namory Kéita, Directeur National des Eaux et Forêts a vivement accueilli la décision : « Par rapport à la décision de justice rendue, je me dis que c’est une bonne chose. Nous sommes très réconfortés à travers des actes pareils. La Guinée a ratifiée des Conventions dans le cadre de la conservation de la faune et de la flore avec la CITES (convention internationale sur le commerce de la faune et de la flore menacée d’extinction). Donc, la lutte contre la criminalité faunique fait partie des prérogatives de la Direction Nationales à travers ses structures déconcentrées qui doivent être impliquées pour faciliter les choses. ».

En rappel, la Guinée a été reconnue comme une plaque tournante de la criminalité faunique en Afrique de l’Ouest cautionnant par la suite sa suspension auprès de la Convention CITES en mars 2013.  Une suspension qui perdure encore malgré quelques avancées enregistrées ces  4 dernières années par le Gouvernement et les partenaires grâce à l’ONG GALF (Guinée Application de la Loi Faunique).

 

Ainsi, cette décision du tribunal de première instance de Mamou sanctionnant le disfonctionnement de nos services pénitentiaires tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays est une avancée significative en matière du respect de la procédure judiciaire une fois déclenchée. Chez les défenseurs de l’Environnement, on constate une bouffée d’oxygène quant à la volonté des autorités judiciaires pour juger et condamner toute personne qui serait tenté de mettre à nue les efforts du Département dans la lutte contre la criminalité faunique en Guinée enclenchée ces 5 dernières années.  Toutes les fois, les yeux restent  rivés vers les services de sécurités de Dalaba pour retrouver le fugitif Mamadou Tounkara.

 

Il  faut rappeler que le trafic d’espèces est un crime transnational. Il représente le 5 ème crime mondial, amassant plus de 20 milliards de dollars chaque année.

 

Golota  Raphael LAMAH

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