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Un an que la crise ronge le Togo : le politologue Mohamed Madi Djabakaté sur la question pour Soleil FM

Interview de Monsieur Mohamed MADI DJABAKATE, Politologue, Essayiste, Personne Ressource du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises (CGDPC) : « Il ne faut pas céder aux sirènes de feuilles de sortie de crise chronométrées qui croient en la dictature de l’impératif électoral »

 

Bientôt un an que le Togo connaît une crise sociopolitique déclenchée le 19 août 2017 par des revendications du Parti National Panafricain. Depuis, la crise a perduré et on en est arrivé à un statu quo. Tous les espoirs étaient donc fondés sur la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest dont les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont réunis à Lomé le 31 juillet dernier. A l’issue de la rencontre, la conférence a fait des recommandations. Comment comprendre cette feuille de route ? Et que peut-on en retenir ? Soleil fm a interrogé le politologue togolais Mohamed MADI DJABAKATE. Lecture !!!

Mohamed MADI DJABAKATE, bonjour.

Bonjour Arafat (Soleil FM)

 

  • La date du 31 juillet 2018, beaucoup de Togolais l’ont attendue et elle est passée. L’orage tant annoncé semble n’avoir pas eu lieu. Quelle appréciation faites-vous, de façon générale, des résolutions de la CEDEAO relatives à la situation qui prévaut au Togo ?

Je suis de ceux qui pensent que les attentes d’une partie du peuple vis-à-vis de la CEDEAO étaient exagérées et que ces derniers n’avaient pas appris de la parenthèse de 2005 et toutes les déceptions qui ont accompagné cela.

Revenant au communiqué final du 31 Juillet 2018, je dirai que la CEDEAO ne pouvait pas faire mieux. Il faut d’ailleurs saluer ces orientations qui permettent de matérialiser les fondements de la démocratie tout en restaurant l’Etat de droit. En tenant compte des enjeux, je dirai que grâce à la CEDEAO nous pouvons désormais voir la classe politique dialoguer sur le fond au lieu de débattre sur la forme comme c’est l’habitude depuis plus d’un quart de siècle.

 

  • L’opposition togolaise, particulièrement la coalition des 14, avait fondé ses espoirs en ce sommet de la CEDEAO. Aujourd’hui, elle dit relever des insuffisances dans ce communiqué de la CEDEAO. Comprenez-vous cette position ?

Je pense que l’opposition togolaise tout comme beaucoup d’analystes, nous y compris, étions distraits par la lecture du communiqué final qui bien évidemment était un peu pauvre par rapport au document finalement publié sur le site de la CEDEAO. Par ailleurs, le langage utilisé n’étant pas forcément celui que beaucoup espéraient entendre, on comprend aisément qu’on relève des insuffisances dans le communiqué. Toutefois je ne peux passer sous silence le fait que la version française du communiqué final est très pauvre par rapport à la version anglaise. Je recommande aux uns et aux autres de prendre la version anglaise comme le document de référence. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé au secrétariat technique le 31 Juillet 2018, mais il faudra faire incessamment les corrections pour mettre fin à cette suspicion à l’endroit du Ministre des Affaires Etrangères du Togo qu’on accuse d’avoir voulu dénaturer le communiqué final à l’avantage du pouvoir togolais.

 

Il faut poser les actes qui permettent de mettre fin à la crise

Je pense que cette date est indicative. Il faut juste mettre en place un chronogramme et l’appliquer de façon sincère. Si vous vous souvenez de mon message aux cousins du 13 juillet 2018, j’ai attiré l’attention de tous sur le fait que dans le cadre de la résolution des conflits politiques il faut éviter de privilégier l’organisation des élections par rapport aux autres points de la feuille de route. Il ne faut pas céder aux sirènes de feuilles de sortie de crise chronométrées qui croient en la dictature de l’impératif électoral. C’est pourquoi il faut éviter d’avoir une idée propagandiste d’une transition.

Quand vous revenez sur le point 38 du communiqué final qui aborde les réformes constitutionnelles à adopter, le point D est clair sur la nécessité de consolider le processus électoral. Donc, l’on ne peut parler d’élections sans avoir préalablement matérialisé les réformes constitutionnelles au niveau du parlement. Et pour ne pas mettre la charrue avant les bœufs, le point 38 doit être mis en œuvre avant le point 40 du communiqué qui traite du fichier électoral, du vote de la diaspora et de l’observation électorale. Cela évite d’avoir une loi électorale en contradiction avec la constitution. Car le communiqué de la CEDEAO demande en français facile de faire de la CENI, une institution constitutionnelle d’appui à la démocratie et de préciser directement dans la constitution sa composition et son fonctionnement. Bref, il faut poser les actes qui permettent de mettre fin à la crise.

 

  • Parlant justement de l’organisation de ces législatives, la CENI vient d’annoncer à travers un communiqué qu’elle va lancer incessamment la révision du fichier électoral. Une bonne nouvelle ? Ou on va trop vite en besogne ?

Je suis surpris par cette sortie. Je reste convaincu que c’est le moment pour mettre fin à la politisation de l’Organe National de Gestion des Elections en la rendant technique. Et quand vous vous souvenez que depuis la mise en place de la CENI actuelle elle a été boycottée par une partie de l’opposition, en l’occurrence la C14, pour plusieurs raisons dont il faut discuter une fois pour de bon. Et ma proposition sera de faire comme en Centrafrique et Madagascar où les anciens Organes de Gestion des Elections sont devenus des cadres de concertation politique à côté de nouveaux Organes de Gestion des Elections techniques composés de 7 ou 9 membres élus par les membres du cadre de concertation sur la base d’un appel à candidatures. Dans un contexte comme celui du Togo, ces personnes peuvent être désignées par l’Assemblée Nationale à l’issue d’auditions publiques. En tout cas, nous pouvons poursuivre la réflexion pour trouver un mécanisme de désignation qui pourra satisfaire aux acteurs. Il faut juste mettre fin à nos CENI politiques.

 

  • Au point 42 du document, on lit une invite aux acteurs politiques à adopter au plus tôt les réformes constitutionnelles notamment celles relatives au mandat présidentiel, au mode de scrutin, le cadre électoral et la Cour constitutionnelle. Des réformes déjà annoncées dans le texte envoyé au parlement par le gouvernement le 05 septembre 2017. Finalement, est-ce qu’on n’a pas l’impression d’avoir perdu du temps pour rien ?

Quand on fait le bilan des sacrifices, on peut dire que si la proposition de reformes du 05 septembre 2017 était validée, on aurait pris une avance d’un an et nul n’allait présentement spéculer sur la date des élections législatives.

Mais il faut saluer qu’avec l’inscription des questions des élections et de la Cour Constitutionnelle parmi les points devant être prioritaires pour la réforme constitutionnelle, c’est une avancée majeure dans l’approche de résolution des conflits politiques au Togo. En réalité, le conflit politique togolais a toujours pour source les élections. Et cette feuille de route permet de créer les conditions d’accès à la sincérité électorale. J’attire notre attention que les 4 points sont le minima proposé par la CEDEAO. Les politiques togolais peuvent faire plus s’ils ne se bornent pas aux intérêts partisans. Le reste n’est que recherche du dilatoire.

 

  • La conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO renvoie tous les protagonistes à des réformes consensuelles au parlement. Pourtant, ce sont les mêmes qui n’ont pu s’entendre en septembre 2017 sur les mêmes points. Aujourd’hui, peut-on faire confiance à ces élus ?

Il faudra qu’un jour les Togolais commencent par se faire confiance. Et c’est le bon moment. Par ailleurs, les points seront discutés au niveau du comité de suivi avant d’être envoyés aux députés pour consécration. En principe, il serait difficile de rejeter ce qui a été adopté dans ce cadre vu que les partis présents à l’Assemblée Nationale sont membres de la C14 ou UNIR. Après tout, si les députés togolais doivent être en place et payés à la fin de chaque mois jusqu’à l’élection d’une nouvelle assemblée il faut au moins qu’ils justifient leurs salaires en votant ces réformes.

Par ailleurs, il faut attirer l’attention des uns et des autres que le communiqué de la CEDEAO ne parle pas de referendum en cas d’échec de la voie parlementaire. Il est clair sur le fait que ces réformes doivent être faites par la voie parlementaire. Par contre, il recommande que les points de la constitution qui ne peuvent être modifiés par la voie parlementaire le soient par referendum. Heureusement dans le contexte togolais, toutes les dispositions peuvent être modifiées par voie parlementaire. Il faut que les esprits malins oublient cette voie référendaire qui n’est qu’une opportunité de dilapidation des ressources publiques. Apprenons à nous approprier les valeurs de gestion budgétaire axée sur les résultats. Je ne saurais terminer ce point sans dire aux uns et aux autres que la formule EN AUCUN CAS devenue conflictuelle peut être réhabilitée à travers un article demandant expressément que les points relatifs à la limitation de mandat et au mode de scrutin ne sont pas susceptibles de révision. Allons faire une lecture des constitutions Béninoise et Haïtienne pour mieux nous situer.

 

  • La CEDEAO dit « instituer un comité pour assurer le suivi de ses décisions ». En 2006, l’Accord Politique Global aussi avait instituer un comité de suivi. Mais, les résultats sont là. Quelles devraient être les forces de ce comité ?

Sur ce comité, je reste perplexe quand je me rappelle qu’il a été préconisé par l’APG et n’a pas eu d’effet. Toutefois, je me dis que l’intention de la CEDEAO en instituant ce comité est de continuer par suivre de près la situation et d’agir en cas de blocage puisque le point 45 rappelle que la facilitation doit se poursuivre.

Je continue par encourager la formation d’un nouveau gouvernement consensuel peu importe l’adjectif qui lui sera greffé. C’est ce que je lis au niveau du point 43 adressé en réalité et exclusivement au Président Togolais par ses pairs.

 

  • La Commission de la CEDEAO s’est entretenue avec la classe politique togolaise ce mercredi. Peut-on s’attendre à un déblocage de la situation dès la reprise des discussions ?

Difficile à dire mais l’espoir est permis. Il n’est dans l’intérêt d’aucun camp d’entretenir le statu quo.

 

  • Dernier point. Que devraient faire les différents protagonistes de cette crise pour une sortie définitive de cette crise ?

Très simple. Arrêter de débattre et commencer par dialoguer.

 

 Monsieur MADI DJABAKATE, merci !

 

 

Interview réalisée depuis Lomé pour Soleil FM par Arafat Afuane

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