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A la une Esclavage, « Il s’agit là … des pratiques qui existent », dixit Bangaly Tounkara, historien. INTERVIEW.

LINSAN

Comme chaque année depuis 1998, l’humanité a célébré la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition ce 23 août 2021. C’est quoi la traite négrière? Pourquoi cette pratique dans l’humanité ? Qu’est-ce qui a favorisé son abolition ? Peut-on parler des nouvelles formes de traites de nos jours ? Pour y répondre, Lamine Linsan a joint Bangaly Tounkara, Historien et enseignant chercheur dans certaines Universités de Conakry. Ci-dessous l’entretien.

SOLEIL FMBonjour monsieur Bangaly Tounkara. En votre qualité d’enseignant chercheur de l’Histoire dans certaines universités de Conakry. Dites nous c’est quoi la traite négrière.

BANGALY TOUNKARA. D’abord, il faut commencer par définir  ce   que c’est que la traite. La traite est un phénomène qui s’est installé dans les sociétés  humaines il y a longtemps. Et il s’agit de  la dépersonnalisation, d’arracher à l’être humain son caractère humain, l’assujettir et  l’anéantir, donc le priver de ses droits d’agir. Maintenant, la traite négrière c’est un phénomène donc  qui s’est appliqué cette fois ci sur les communautés noires. Ceci remonte de très loin. Dois-je rappeler que le phénomène a commencé d’abord à partir du huitième siècle, puisse que c’était pratiqué par les arabes. C’est à la fin du quinzième jusqu’au dix-neuvième siècle. Ce sera le même quand une autre prend son envol cette fois ci pratiquée par les Européens. C’est ce qu’on appelle en réalité la traite négrière.

SOLEIL FM. Quelle est l’origine de cette traitre dite négrière monsieur Tounkara ?

BANGALY TOUNKARA. Pour ce qui est du premier phénomène, On peut parler l’esclavage. Au fait, les arabes cherchaient des domestiques qui devaient êtres employés dans les ménages de l’Arabie. Et pour la question de la traite négrière, évidemment quand la soi-disant découverte de l’Amérique a été faite, il était donc question de trouver des personnes qui seraient capables de travailler sur le champ. On s’est aperçu que les populations amérindiennes qui étaient là, ne pouvant pas  répondre aux besoins Européens, par conséquent on s’est tourné vers l’Afrique .Ce phénomène est donc né pour utiliser les terres déjà découvertes par les Européens en vu de les rendre viables pour les populations  Européeennes pour le besoin de l’Europe et sa prospérité. L’esclavage, c’est la traite négrière. Mais la traite négrière n’est  pas forcement l’esclavage. Parce que l’esclavage ce n’est pas seulement dans les contrées africaines que ce phénomène e a existé. Il a existé un peu partout dans le monde, en Asie, en Mésopotamie, il y avait de l’esclavage. Mais cet esclavage n’est pas de la traite négrière parce que cela ne s’appliquait pas à la communauté noire. Mais quand il est question maintenant de désigner  le même phénomène cette fois ci  à l’encontre des communautés noires, des communautés africaines pour être précis là, intervient le concept de traite négrière. Mais partout et à tout temps ou le phénomène de personnification a existé en soit, c’est l’esclavage. Donc la nuance est un peu claire, il faut séparer  un peu l’esclavage de la traite négrière. Parce que l’esclavage c’est d’abord le phénomène qui consiste à enlever à quelqu’un sa personnalité. Mais la traite négrière est ce phénomène pratiqué sur les populations noires.

SOLEIL FM.  Ce qu’on appelle traite négrière, est-ce cela qu’on enseigne dans les basses classes en Guinée en parlant du commerce triangulaire ?

BANGALY TOUNKARA. Bien attendu, c’est ce qui est dispensé dans les cours. Surtout dans notre pays, dans beaucoup d’autres pays.

SOLEIL FM.  Monsieur  Tounkara, aujourd’hui, la traite négrière ou l’esclavage quoi qu’on dise est aboli, et qu’est ce qui a favorisée cela ?

 BANGALY TOUNKARA. Il y a beaucoup de situations qui ont concouru à l’abolition. D’abord, il faut rappeler que c’est à partir du XVIIIe siècle que les consciences ont été amenées à dire qu’il faut se débarrasser de ce phénomène qui en réalité n’honore presque personne. Disons que cela a été facilité par deux situations. D’abord, la prise de conscience du fait que la pratique en realité ne devrait pas continuer pour la bonne raison, il s’agissait d’une pratique faite par l’être humain contre l’être humain. Donc là, les ‘’philanthropes’’ sont rentrés en jeu pour demander l’abolition de l’esclavage et la traite négrière. Secundo, il faut rappeler également, c’est d’ailleurs la raison phare, c’est qu’on a assisté à l’avenement du marchinisme.  On fait le décompte que les machines pouvaient faire plus de travaux que ne pouvaient les esclaves. Donc tout de suite le besoin d’utilisation des esclaves a été moins pressant et par conséquent, les maitres esclavagistes se sont rendus compte qu’au lieu de continuer d’entretenir des centaines d’esclaves. Qui pour travailler, avaient besoin de se nourrir, de ce fait étaient une source de dépense. Mieux vaut utiliser une machine qui pouvaient apporter plus de rendement  que les esclaves. Par conséquence, l’avènement du machinisme est la deuxième raison qui a facilité l’abolition de l’esclavage.

SOLEIL FM.  Après l’esclavagisme, on parle désormais du néo-esclavagisme ou du néo-colonialisme, comment cela se manifeste dans les sociétés modernes ?  

BANGALY TOUNKARA. Il y a une sorte d’attachement de beaucoup de communautés à cette pratique là. Vous savez dans les textes juridiques, l’esclavage n’existe nul par aujourd’hui dans le monde.  Vous l’avez rappelé que l’esclavage a été aboli on le disait tout de suite au XVIII e siècle dans beaucoup d’endroit. La France a aboli l’esclavage au XIX e siècle. Mais pour ce qui est du démarrage de l’abolition, l’esprit de l’abolition a pris corps dès le XVIII e siècle. Pour illustration, en 1807 l’Angleterre condamne l’esclavage et les libère les esclaves après. A partir de 1815, au congrès de Vienne, il est décidé d’interdir l’esclavage même si  la pratique a eu un peu cours quelque temps. La France a aboli l’esclavage définitivement le 27 avril 1846, les Etats-Unis en 1865, le Brésil est le dernier pays à abolir l’esclavage sur le continent Amérique. Mais il se trouve que, par endroit le phénomène a continué. Par exemple en Arabie Saoudite jusqu’à 1963, l’esclavage n’était pas encore condamné textuellement. La législation Mauritanienne a pris en considération l’abolition de l’esclavage dans à partir de 1980. Aujourd’hui on assiste à un nouveau phénomène qu’on peu appeler néo esclavage. Il s’agit là encore une fois des pratiques qui existent dans beaucoup de communautés. Par exemple, quand on prend le servage, quand on prend les travaux forcés, quand on prend les conditions très très difficiles de beaucoup de femmes contre leur gré, le mariage forcé…. Tous ceux-ci c’est de l’esclavage. Parce que nous assistons encore une fois à une dépersonnification, à la confiscation des libertés et à la confiscation même du désir de quelqu’un de s’émanciper. Donc aujourd’hui nous assistons à un nouveau phénomène de l’esclavage. Le thème est tres cher à L’UNICEF et à L’UNESCO.

INVITE DU JOURNAL DE SOLEIL FM GUINEE