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Conakry et Dakar vivent actuellement un épisode inédit dans le domaine universitaire ouest-africain : la Guinée a recruté au moins 59 enseignants-chercheurs sénégalais à l’issue d’un appel à candidatures lancé pour pourvoir près de 300 postes dans les institutions publiques d’enseignement supérieur, suscitant une vive réaction à Dakar.
Ce recrutement s’inscrit dans une stratégie guinéenne plus large visant à renforcer les capacités académiques de ses universités. Confronté à un déficit d’enseignants-chercheurs qualifiés, le gouvernement de Guinée, à travers le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, avait ouvert en octobre un appel à candidatures pour recruter trois cents enseignants-chercheurs, guinéens ou étrangers titulaires d’un doctorat, afin d’améliorer la qualité de l’enseignement et de satisfaire aux critères d’accréditation de ses programmes.
Pour Conakry, la mobilisation d’experts sénégalais est compréhensible : le Sénégal est perçu comme un vivier d’universitaires expérimentés dans l’espace francophone ouest-africain. En attirant une partie de ces profils, la Guinée entend accélérer la mise à niveau de ses institutions, jugée essentielle pour améliorer l’employabilité des diplômés, renforcer la recherche et placer certains établissements sur la scène académique internationale.
Mais du côté sénégalais, cette pratique a provoqué l’inquiétude et l’ire des autorités universitaires et politiques. Dans une circulaire adressée aux recteurs le 31 décembre 2025, le ministre de l’Enseignement supérieur du Sénégal, Pr Daouda Ngom, a souligné que l’inscription de titulaires déjà en fonction dans la fonction publique sénégalaise sur une liste de recrutés par la Guinée soulève des problèmes juridiques. Selon le ministère, un enseignant-chercheur ne peut être engagé dans la fonction publique d’un autre État en dehors des cadres de coopération formellement ratifiés par les deux pays et des mécanismes de mobilité prévus par la loi sénégalaise.
Cette situation est d’autant plus sensible que les enseignants concernés occupent souvent des postes clés dans leurs universités d’origine, certains étant professeurs titulaires ou responsables de départements ou d’écoles doctorales. À Dakar, plusieurs voix parlent même de « fuite des cerveaux » organisée », potentielle fraude administrative ou cumul d’emplois jugé inacceptable sans clarification contractuelle préalable.
Face à l’émotion suscitée dans le milieu académique, le ministère sénégalais a demandé aux enseignants recrutés de choisir entre leurs obligations envers l’État sénégalais et un engagement contractuel avec la Guinée, tout en rappelant l’existence d’un protocole d’accord signé entre Dakar et Conakry en mai 2025 sur la coopération universitaire et scientifique, incluant des dispositions de mobilité des enseignants et étudiants. Ce protocole doit toutefois être mis en œuvre de façon claire et encadrée pour éviter les litiges.
Cette affaire illustre ainsi les tensions entre besoins nationaux d’un côté préserver ses ressources humaines hautement qualifiées et impératifs de développement académique de l’autre, chacun cherchant à tirer profit de la coopération régionale tout en respectant les règles contractuelles et juridiques. Alors que Dakar et Conakry demeurent liés par des accords de coopération, le dialogue diplomatique et institutionnel sera déterminant pour apaiser cette crise latentement explosive et redéfinir les bonnes pratiques de mobilité académique en Afrique de l’Ouest.
Écrit par: Fatoumata Keita
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