Guinée Cultures

Quand l’art dérange… sélectivement (La Fléchette de Fatoumata Harouna)

today21 février 2026 7

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Les moutons se promènent ensemble, mais n’ont pas le même prix. Il y a les fils favoris de la cour… et puis il y a les autres. Ceux qui, pour une simple histoire de clash, se retrouvent à l’hôtel cinq étoiles de Coronthie.
Hier encore, je parlais de priorités. Et je le redis : tout comme la liberté d’expression, on ne musèle pas l’art. Ni là-bas, ni ici, dans ce vaste pays des tropiques.
Ce qui interroge et frustre, ce sont ces décisions qui semblent obéir à une géométrie variable.
Pendant que les uns se présentent d’eux-mêmes à l’office des mœurs sans être inquiétés, pendant que des ministres dansent et acclament certains, d’autres, eux, sont jetés en pâture pour servir d’exemple.
Où était cette rigueur lorsque des chansons, connues de tous, multipliaient les dérives sans jamais susciter la moindre réaction ferme ?
Où était cette force quand les paroles dépassaient déjà les bornes, parfois jusqu’à frôler les institutions ?
Le clash, dans l’univers du rap, n’est pas une invention récente. C’est une composante historique du hip-hop : un affrontement verbal, une démonstration de talent, une manière de défendre son honneur et d’affirmer sa place. Tant qu’il reste artistique, il appartient à l’ADN même du mouvement.
Cela dit, lorsque le clash glisse vers les injures visant les parents ou la dignité personnelle, il perd toute noblesse. Rien n’honore l’attaque gratuite.
Mais dans un précédent que tout le monde a encore en mémoire, les injures ont aussi fusé. Certaines ont même effleuré la première institution du pays. Et pourtant, pas un frémissement. Pas une indignation officielle. On a laissé faire. On a toléré.
Loin de moi l’idée de justifier l’attitude des rappeurs Sagatala et Opinel. La dérive reste une dérive.
Mais on ne peut pas feindre la surprise lorsque l’on a longtemps toléré l’intolérable.
Ce que l’on aurait souhaité, ce n’est pas l’impunité.
C’est la cohérence.
Alors aujourd’hui, la vraie question demeure : que cherche-t-on réellement à prouver ?
La Fléchette de Fatoumata Harouna

Écrit par: Fatoumata Keita

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