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Signé le 5 janvier 2018 à Conakry entre la République fédérale d’Allemagne et la République de Guinée, l’accord relatif à la coopération en matière de migration légale et illégale est entré en vigueur le 7 février 2019. Enregistré auprès du Secrétariat des Nations Unies le 20 juin de la même année, ce texte établit un cadre bilatéral destiné à encadrer les flux migratoires entre les deux États.
Officiellement, l’accord repose sur un double objectif : encourager la migration légale tout en renforçant la lutte contre la migration irrégulière.
Le premier volet porte sur la promotion de la migration régulière, à travers des dispositifs de mobilité encadrée, de formation professionnelle et d’accès à l’emploi.
Le second axe, plus sensible, concerne la gestion de la migration irrégulière. Il prévoit notamment des mécanismes d’identification et de retour des ressortissants guinéens en situation irrégulière sur le territoire allemand.
Au cœur du dispositif figure la procédure de réadmission, qui permet aux autorités allemandes, en coordination avec leurs homologues guinéennes, d’identifier les personnes sans droit de séjour et d’organiser leur retour vers la Guinée.
Ces dernières semaines, l’accord est revenu au premier plan à la suite d’opérations de rapatriement de ressortissants guinéens depuis l’Allemagne.
Selon plusieurs médias guinéens, des vols charters étaient programmés en septembre 2025 pour le retour de Guinéens considérés en situation irrégulière. L’annonce de ces opérations a suscité des réactions au sein de la communauté guinéenne, certains dénonçant les modalités d’identification des personnes concernées. Des critiques ont notamment visé l’implication d’agents venus de Conakry pour procéder aux vérifications d’identité, en lieu et place de l’ambassade guinéenne à Berlin.
Par ailleurs, une récente décision de la Cour constitutionnelle fédérale d’Allemagne a rappelé que les forces de l’ordre doivent obtenir un mandat judiciaire avant d’entrer dans un domicile privé dans le cadre d’une procédure d’expulsion. Une décision qui pourrait influencer les méthodes d’exécution des mesures de renvoi.
Les opérations de retour forcé ont des répercussions multiples.
Sur le plan social, de nombreux Guinéens déboutés de leur demande d’asile vivent dans une situation d’incertitude prolongée, exposés à la précarité administrative, à la détention ou à la perte de ressources.
Au sein de la diaspora, les expulsions alimentent un climat de tension. Certains dénoncent des procédures jugées brusques ou insuffisamment transparentes dans la délivrance des documents nécessaires au renvoi.
En Guinée, la poursuite de la coopération migratoire avec Berlin nourrit également le débat politique. Pour certains observateurs, la prorogation de cet accord traduit une continuité dans la politique migratoire, malgré les attentes exprimées par une partie de l’opinion publique.
L’accord de 2018 place la Guinée dans une position complexe : maintenir un partenariat stratégique avec une puissance européenne tout en répondant aux attentes de sa diaspora et aux préoccupations internes liées aux retours forcés.
Du côté allemand, ce texte s’inscrit dans une politique migratoire plus restrictive, marquée par un renforcement des contrôles et une intensification des expulsions vers plusieurs pays d’origine.
Plus de cinq ans après son entrée en vigueur, l’accord continue ainsi de produire des effets tangibles, au croisement des enjeux diplomatiques, sécuritaires et humains.
Écrit par: Fatoumata Keita
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