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La ressource publique en question : au-delà des détournements

today8 septembre 2026

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Dans une contribution intitulée « La ressource publique en question », E. Thierno Ousmane Ly, ingénieur, analyste financier et consultant PPP, propose une nouvelle lecture de la gestion des ressources publiques en Guinée. Il invite notamment à mesurer non seulement les détournements, mais aussi les pertes liées aux mauvaises décisions, aux surcoûts, aux retards ou encore à la sous-utilisation des investissements publics.

À travers le concept de « perte de valeur publique », l’auteur propose plusieurs outils de traçabilité et formule des pistes de réforme de la gestion de la dépense publique.

Lire la contribution intégrale.

LA RESSOURCE PUBLIQUE EN QUESTION
Mesurer les pertes. Tracer les décisions. Récupérer la valeur. Réformer le système.
Contribution citoyenne pour une nouvelle doctrine de protection de la richesse publique en Guinée
1. Le constat
La Guinée entre dans une période où les investissements publics, miniers, infrastructurels et sociaux prennent une dimension considérable.
Le risque n’est donc plus seulement celui de quelques détournements isolés ; même s’ils sont endémiques, révoltants et colossaux.
Le véritable risque est celui d’une déperdition systémique de valeur publique.
Une dépense peut être :
•    juridiquement régulière mais économiquement inefficace ;
•    correctement engagée mais mal exécutée ;
•    techniquement exécutée mais surévaluée ;
•    financée mais insuffisamment utile ;
•    attribuée légalement mais dans un environnement de conflit d’intérêts ;
•    achevée mais sans modèle d’exploitation durable.
C’est précisément pourquoi le FMI recommande à la Guinée d’améliorer la priorisation et l’efficacité des investissements publics et d’intégrer correctement les Partenariats Public Privé (PPP) dans la gestion des risques budgétaires.
2. Le chiffre qui doit interpeller
L’évolution de la commande publique mérite d’être regardée dans son ensemble.
En 2023, l’Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) recensait 1 760 marchés pour 18 575 milliards GNF. Les travaux représentaient à eux seuls 67 % de la valeur des marchés. L’appel d’offres restreint représentait 49 % de la valeur et le gré à gré 15 %.
L’ARMP a également publié les statistiques annuelles 2024, ce qui permet maintenant de construire une comparaison 2022–2023–2024 plutôt que de se focaliser sur un dossier particulier.
C’est cette comparaison que je mets au cœur du document.
Elle permet de poser des questions beaucoup plus fortes :
Les volumes augmentent-ils ?
Les investissements deviennent-ils plus efficaces ?
Les procédures dérogatoires progressent-elles ou diminuent-elles ?
La concentration des marchés évolue-t-elle ?
Les travaux produisent-ils réellement les résultats attendus ?

3. Le nouveau concept : « perte de valeur publique »
C’est probablement la partie la plus originale du dossier.
Je propose de mesurer cinq niveaux :
A. Perte par corruption : Argent illicitement capté.
B. Perte par surfacturation : L’État paie davantage que la valeur raisonnable.
C. Perte par mauvaise décision : L’investissement n’était pas prioritaire ou suffisamment étudié.
D. Perte par inefficacité : L’ouvrage existe mais ne produit pas le résultat attendu.
E. Perte par absence d’exploitation : L’infrastructure est construite mais insuffisamment utilisée ou entretenue.

Ainsi, un milliard de GNF mal dépensé n’est pas nécessairement un milliard détourné.
Mais pour le citoyen, les deux représentent une perte de richesse publique.
Cette distinction est fondamentale.
4. Le « test des 7 questions »
Chaque grand investissement public devrait pouvoir répondre à sept questions :
Question    Ce qu’il faut démontrer
Pourquoi ?    Le besoin public est-il démontré ?
Combien ?    Le coût est-il justifié ?
Comment ?    La procédure est-elle régulière et compétitive ?
Pour qui ?    Qui reçoit le contrat et qui en est le bénéficiaire effectif ?
Qui contrôle ?    Qui vérifie chaque étape ?
Qu’a reçu l’État ?    Quelle réalisation mesurable ?
Quel retour ?    Quel bénéfice économique et social ?
Un projet qui ne peut répondre à ces sept questions mérite automatiquement un examen renforcé.
5. Le tableau national de traçabilité
C’est ici que mon idée initiale devient réellement puissante.
Phase    Question    Responsable    Document    Montant    Contrôle    Résultat
Besoin    Pourquoi le projet ?
Étude    Est-il techniquement viable ?
Financement    Qui finance ?
Autorisation    Qui décide ?
Procédure    Pourquoi ce mode ?
Attribution    Pourquoi cette entreprise ?
Contrat    Quelles obligations ?
Paiement    Combien payé ?
Exécution    Qu’a-t-on réellement réalisé ?
Réception    Qui a accepté ?
Exploitation    Quelle utilisation ?
Impact    Quel bénéfice ?
Et j’ajoute une colonne décisive :
« Écart entre l’objectif et le résultat »
C’est elle qui permet de passer de la simple comptabilité à l’évaluation économique et sociale de la valeur publique.
6. Et les dossiers controversés ?
C’est ici que je serais beaucoup plus prudent qu’auparavant.
Les dossiers concernant certaines infrastructures sportives ou ceux relayés par des médias ne doivent plus constituer la colonne vertébrale du document.
Ils deviennent des cas d’application de la méthode.
On ne dit pas :
« Voilà les coupables. »
On dit :
« Voilà comment une République moderne devrait examiner objectivement tout dossier représentant une dépense publique importante. »
C’est beaucoup plus difficile à attaquer.
Et surtout, cela permet au document de rester valable même si demain une accusation médiatique est démentie.
7. La CRIEF n’est qu’un maillon. Seule, elle risque et l’expérience le prouve de créer des impacts sociaux et autres
Il faut également sortir d’une vision dans laquelle la réponse à la mauvaise gouvernance serait exclusivement judiciaire.
La chaîne devrait être :
Prévention → transparence → contrôle → audit → responsabilité administrative → récupération → justice lorsque nécessaire → réforme.
Le FMI relève d’ailleurs, dans son analyse de la Guinée, le rôle de la CRIEF dans les grandes affaires économiques et financières, tout en soulignant l’importance de renforcer l’autonomie et l’indépendance des dispositifs de gouvernance et de lutte contre la corruption.
Donc :
La CRIEF intervient lorsqu’il existe matière à poursuite.
Mais elle ne peut pas, à elle seule, corriger une mauvaise architecture de commande publique.
8. La vraie question politique
Le document doit finalement poser cette question :
Combien la Guinée peut-elle perdre chaque année sans que personne ne soit juridiquement coupable de détournement ?
C’est une question redoutablement importante.
Parce qu’elle oblige à regarder :
•    les projets mal conçus ;
•    les infrastructures sous-utilisées ;
•    les études insuffisantes ;
•    les marchés trop coûteux ;
•    les retards ;
•    les avenants ;
•    les équipements inutilisés ;
•    les investissements sans modèle économique ;
•    les dépenses sans impact mesurable.
Le FMI souligne précisément que la sélection des projets, leur évaluation, leur gestion et les procédures de passation constituent des points déterminants de l’efficacité de l’investissement public.
9. Une proposition très forte : le « Compte national de la valeur publique »
Si chaque année, l’État publierait :
1. Montant total investi
2. Montant engagé
3. Montant payé
4. Valeur des ouvrages réalisés
5. Écart coût/résultat
6. Projets abandonnés
7. Projets sous-utilisés
8. Montant récupéré
9. Montant faisant l’objet de contentieux
10. Économies réalisées grâce aux contrôles
Cela donnerait enfin au citoyen une réponse à une question simple :
« Qu’avons-nous obtenu pour notre argent ? »
10. Et là se trouve ma position personnelle
Je ne propose pas de « poursuivre ceux qui ont volé ».
Ma est beaucoup plus constructive et beaucoup plus forte :
« Je ne demande ni vengeance, ni amnistie générale. Je demande que chaque franc public puisse être retracé, que chaque décision puisse être expliquée, que chaque responsabilité puisse être établie et que chaque perte puisse être mesurée. »
Puis :
« Si une faute est établie, elle doit être traitée conformément à la loi. Si aucune faute n’est établie, personne ne doit être condamné par la rumeur. Mais dans tous les cas, le système doit être corrigé. »
C’est une position difficile à enfermer politiquement.
Mon choix pour le document définitif
Je proposerais un dossier d’environ 20–25 pages, avec :
PARTIE I — L’ALERTE : La richesse publique et le risque de déperdition systémique.
PARTIE II — LES FAITS : 2022–2023–2024 : évolution de la commande publique et des investissements.
PARTIE III — LES ZONES DE RISQUE : Marchés dérogatoires, concentration, grands travaux, PPP, infrastructures, conflits d’intérêts, bénéficiaires effectifs.
PARTIE IV — LES CAS D’ÉCOLE : Quelques dossiers médiatisés, sans accusation préalable.
PARTIE V — L’OUTIL : Le tableau national de traçabilité.
PARTIE VI — LA SOLUTION : Le mécanisme national de mesure de la valeur publique.
PARTIE VII — LA RESPONSABILITÉ : Administration + décideurs + contrôleurs + entreprises + bénéficiaires.
PARTIE VIII — LA SORTIE PAR LE HAUT : Justice, récupération, continuité économique et réforme.
PARTIE IX — 20 MESURES : Un programme concret sur 12, 24 et 36 mois.
Et je termine par une phrase beaucoup plus mobilisatrice que « ni impunité, ni vengeance » :
« LA GUINÉE N’A PAS SEULEMENT BESOIN DE SAVOIR QUI A PRIS L’ARGENT PUBLIC. ELLE DOIT APPRENDRE À MESURER TOUT CE QU’ELLE PERD LORSQUE L’ARGENT PUBLIC EST MAL DÉCIDÉ, MAL ATTRIBUÉ, MAL CONTRÔLÉ OU MAL UTILISÉ. »
PROPOSITIONS FAITES en septembre 26 par :
E. Thierno Ousmane LY
Ingénieur – Analyste Financier – Consultant PPP
BP 4360 Conakry – République de Guinée
Tél : (224) 628 299 716 / (224) 664 632 745

Écrit par: Fatoumata Keita

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