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L’ancien Premier ministre guinéen et président de l’Union des forces républicaines (UFR), aujourd’hui dissoute, Sidya Touré est décédé ce vendredi 25 septembre 2026 à Paris, à l’âge de 81 ans, des suites de maladie.
Le décès est survenu aux environs de 23 heures GMT, soit 1 heure du matin à Paris, à l’Hôpital américain de Paris, où l’ancien Premier ministre était hospitalisé depuis près de deux semaines. Malade depuis plusieurs mois à Abidjan, en Côte d’Ivoire, Sidya Touré avait été évacué vers la France dans un état jugé critique, selon nos informations.
Sa disparition met fin à près de trois décennies d’engagement au premier plan de la vie publique guinéenne, entre responsabilités gouvernementales, opposition politique et périodes de rapprochement puis de rupture avec le pouvoir.
Des derniers jours loin de la Guinée
Les dernières années de Sidya Touré se sont déroulées principalement hors de la Guinée. Après le coup d’État du 5 septembre 2021 qui a renversé Alpha Condé, l’ancien Premier ministre quitte le pays et s’installe en Côte d’Ivoire.
Son départ intervient dans un contexte marqué notamment par le contentieux autour de sa résidence de Conakry. En février 2022, dans le cadre de l’opération de récupération de domaines de l’État, les autorités lui demandent, comme à l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, de quitter sa résidence. Le litige se poursuivra devant les juridictions guinéennes. En février 2025, la Cour suprême tranche le dossier en invalidant les décrets d’attribution des propriétés concernées.
Depuis Abidjan, Sidya Touré continue toutefois à suivre la vie politique guinéenne et à s’exprimer sur l’évolution de la transition. En mai 2025, il est reconduit à la tête de l’UFR lors d’un congrès tenu à Conakry, alors qu’il vit déjà en exil.
Quelques mois plus tard, l’UFR, comme plusieurs autres formations politiques, est à nouveau confrontée aux décisions des autorités. Le parti est finalement dissous le 6 mars 2026, avec une quarantaine d’autres formations politiques, parmi lesquelles l’UFDG et le RPG Arc-en-ciel. Le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation invoque des manquements aux obligations légales.
Un passage remarqué à la Primature
Avant de devenir l’un des principaux visages de l’opposition guinéenne, Sidya Touré avait connu une longue carrière administrative et économique, notamment en Côte d’Ivoire.
Né en 1945 à Dimbokro, en Côte d’Ivoire, il y exerce plusieurs responsabilités avant de rejoindre le sommet de l’administration ivoirienne. Il est notamment directeur de cabinet d’Alassane Ouattara, alors Premier ministre de Côte d’Ivoire.
Cette expérience le conduit ensuite en Guinée. Le 9 juillet 1996, le président Lansana Conté le nomme Premier ministre. Il prend ainsi la tête du gouvernement dans un contexte marqué par de fortes difficultés économiques et financières et par des tensions sociales et politiques.
À la Primature, Sidya Touré met notamment l’accent sur la réforme de l’administration et la relance économique. Il reste en fonction jusqu’au 8 mars 1999, date à laquelle il est remplacé par Lamine Sidimé.
De la Primature à l’opposition
Après son départ du gouvernement, Sidya Touré s’engage durablement dans la politique partisane. Il prend la tête de l’Union des forces républicaines (UFR), formation dont il devient l’une des principales figures sur la scène politique guinéenne.
L’ancien Premier ministre se positionne progressivement comme un acteur important de l’opposition. En 2010, il se présente à l’élection présidentielle et termine troisième au premier tour avec 13,62 % des suffrages, derrière Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo.
Son parcours politique est ensuite marqué par les principales crises qui traversent la Guinée.
Le traumatisme du 28 septembre 2009
Parmi les épisodes les plus marquants de son parcours figure la manifestation du 28 septembre 2009 au stade de Conakry.
À cette époque, Sidya Touré fait partie des responsables de l’opposition mobilisés contre une éventuelle candidature du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, à l’élection présidentielle.
Le rassemblement est violemment réprimé par les forces de sécurité. Les investigations de Human Rights Watch ont établi qu’au moins 150 personnes avaient été tuées et que de nombreuses autres avaient été blessées. Des dizaines de femmes ont également subi des violences sexuelles.
Sidya Touré figure parmi les responsables politiques présents au stade et est lui-même grièvement blessé à la tête. Selon un rapport de Human Rights Watch, Dadis Camara l’avait appelé dans la nuit précédant la manifestation pour lui demander d’annuler le rassemblement.
Cet épisode restera l’un des plus douloureux de la carrière politique de l’ancien Premier ministre.
Une proximité avec Alpha Condé, puis la rupture
L’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir en 2010 ouvre une nouvelle séquence dans le parcours de Sidya Touré.
Après avoir été dans l’opposition, il accepte en janvier 2016 la fonction de Haut Représentant du chef de l’État, devenant ainsi l’un des interlocuteurs importants du pouvoir d’Alpha Condé. Il quitte cependant cette fonction en décembre 2018 et reprend progressivement une posture critique à l’égard du régime.
Son parcours aura ainsi été marqué par des positions successives : membre de l’opposition, partenaire institutionnel du pouvoir, puis de nouveau opposant.
De Conakry à Abidjan
Le coup d’État du 5 septembre 2021 constitue un nouveau tournant.
Après la chute d’Alpha Condé, Sidya Touré quitte la Guinée et s’installe en Côte d’Ivoire. Son exil intervient dans le contexte du conflit foncier autour de sa résidence de Conakry, un dossier qui l’oppose aux autorités guinéennes et qui connaîtra plusieurs développements judiciaires.
C’est donc en Côte d’Ivoire, pays où il avait commencé une partie importante de sa carrière professionnelle et politique, que Sidya Touré passe ses dernières années.
Malade depuis plusieurs mois à Abidjan, il est finalement évacué vers Paris. Après près de deux semaines d’hospitalisation à l’Hôpital américain, il s’éteint dans la nuit du 25 septembre 2026.
De Dimbokro à Conakry, de la Primature à l’opposition, puis d’Abidjan à Paris, Sidya Touré laisse derrière lui le parcours d’un homme qui aura occupé une place importante dans l’histoire politique récente de la Guinée.
Écrit par: Fatoumata Keita
today26 septembre 2026 18 3
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