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Le retour forcé de ressortissants guinéens depuis l’Allemagne continue de faire couler beaucoup d’encre. Entre clauses « toxiques » de l’accord migratoire de 2018 et déclarations diplomatiques prudentes, la situation met en lumière l’écart entre opportunités affichées et réalité vécue. Une commission conjointe Guinée Allemagne est prévue pour examiner l’application de cet accord et proposer des ajustements. Mais en attendant, ce sont les citoyens concernés qui subissent les conséquences.
Comme l’a rappelé le patron de la diplomatie guinéenne : « Cet accord a été conclu par un gouvernement légalement établi. Nous assumons cette continuité ». Une déclaration mature et responsable, qui tranche avec les communications précédentes.
Mais, entre diplomatie et rhétorique, faut-il encore transformer les mots en actes concrets pour protéger la dignité et les droits des citoyens concernés.
Les mots sur le besoin de « main-d’œuvre » ou sur le patriotisme, souvent répétés pour calmer l’opinion, sonnent creuses face aux témoignages de rapatriés confrontés à des conditions difficiles. Le peuple n’a que faire des subtilités diplomatiques : il exige un langage clair et des solutions concrètes.
Parce que ce qu’on ne vous dit pas, c’est que depuis le sommet de La Valette en 2015 et la mise en œuvre du Cadre de partenariat migratoire, la donne a changé : l’Union européenne, sous l’impulsion de certains pays, a instauré une stricte conditionnalité. Aides au développement, visas et investissements sont désormais liés à la coopération sur les retours. Plus un pays facilite les rapatriements, plus il bénéficie de fonds ; moins il coopère, plus il s’expose à des restrictions.
Dans ce contexte, la coopération pour les expulsions devient un jeu diplomatique, où l’intérêt des ressortissants semble secondaire face aux enjeux budgétaires et aux pressions extérieures.
Si le pays avait vraiment besoin de ses jeunes, elle créerait les conditions de leur épanouissement avant qu’ils ne risquent leur vie dans la traversée du désert ou encore de la Méditerranée. Les discours sur le besoin de main-d’œuvre doivent être accompagnés de mesures concrètes : adéquation des compétences aux projets nationaux, accès au logement, facilitation de l’entrepreneuriat, protection sociale et compensation salariale pour les familles dépendant des revenus des expatriés.
Sans ces garanties, les retours restent un théâtre diplomatique, où la gestion des ressortissants rapporte parfois plus politiquement que leur développement réel.
Au-delà des accords et des commissions, il est crucial que le pays s’attaque aux causes structurelles qui poussent les jeunes à partir : chômage, manque de perspectives et absence de soutien institutionnel. Tant que ces défis ne seront pas relevés, les expulsions resteront un instrument diplomatique plus qu’une solution pour le développement national.
La Fléchette de Fatoumata Harouna
Écrit par: Fatoumata Keita
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