Afrique

Droits des femmes : la Guinée entre avancées des mentalités et défis persistants (étude Afrobarometer 2024-2025)

today21 juin 2026 11

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Les Guinéens semblent de plus en plus favorables à l’autonomie des femmes et à l’égalité des chances. Mais derrière cette évolution des perceptions, les obstacles liés à l’emploi, aux violences sexistes et à la protection judiciaire continuent de freiner la pleine émancipation des femmes. C’est ce que révèle le dernier profil panafricain d’Afrobarometer, fondé sur plus de 50 000 entretiens réalisés dans 38 pays africains entre 2024 et 2025.

L’étude met en évidence une tendance de fond sur le continent : les citoyens africains soutiennent majoritairement le droit des femmes à prendre elles-mêmes les décisions qui concernent leur vie. En moyenne, 75 % des répondants estiment que les femmes doivent pouvoir décider librement si et quand elles souhaitent se marier, tandis que 62 % considèrent qu’elles doivent choisir elles-mêmes le nombre d’enfants qu’elles désirent avoir.

Cette évolution des mentalités se reflète également en Guinée, où les questions liées à l’autonomisation des femmes occupent une place croissante dans le débat public. Toutefois, les résultats de l’enquête montrent que l’adhésion aux principes d’égalité ne se traduit pas encore systématiquement dans les réalités économiques et sociales.

L’un des enseignements marquants de l’étude concerne l’accès au marché du travail. En Guinée, 45 % des personnes interrogées estiment que les hommes devraient être prioritaires lorsque les emplois se font rares. À l’inverse, la moitié des répondants rejettent cette idée et défendent l’égalité des droits entre hommes et femmes face à l’emploi.

Ce chiffre place la Guinée légèrement au-dessus du Sénégal (44 %) et en Côte d’Ivoire (38 %), mais inférieur à celui du Mali où une personne sur deux considère que les hommes devraient être privilégiés en période de pénurie d’emplois.

Ces résultats traduisent la persistance de représentations traditionnelles du rôle économique des hommes, malgré les progrès enregistrés dans la reconnaissance des droits des femmes.

L’enquête d’Afrobarometer met également en lumière les discriminations et violences auxquelles les femmes et les filles restent exposées.

En Guinée, 26 % des répondants affirment que les élèves filles sont souvent ou toujours victimes de discrimination, de harcèlement ou de sollicitations sexuelles de la part de leurs enseignants. Ce niveau est proche de la moyenne africaine de 27 %.

Comparée à certains pays voisins, la Guinée se situe au même niveau que le Mali (26 %), mais en dessous du Sénégal (29 %) et de la Côte d’Ivoire (37 %), où ces phénomènes sont davantage signalés par les populations interrogées.

Ces données illustrent l’ampleur des défis qui subsistent dans les établissements scolaires, alors même que l’éducation des filles est régulièrement présentée comme un levier essentiel du développement.

Face à ces violences et discriminations, les citoyens attendent davantage des institutions chargées de protéger les femmes.

En Guinée, plus de la moitié des personnes interrogées estiment que la police et les tribunaux doivent en faire davantage pour lutter contre la discrimination et le harcèlement visant les femmes et les filles. Parmi elles, la moitié considère même que les efforts doivent être renforcés de manière significative.

Cette attente est cependant partagée dans toute la sous-région. La proportion de citoyens réclamant une action plus forte atteint environ 55 % en Côte d’Ivoire, 57 au Mali et 61 au Sénégal.

Ces chiffres montrent que la question de la protection des femmes dépasse largement les frontières nationales et demeure une préoccupation majeure à l’échelle ouest-africaine.

Les conclusions d’Afrobarometer interviennent dans un contexte où de nombreux gouvernements africains, dont celui de la Guinée, affichent leur volonté de promouvoir l’égalité des genres et une plus grande participation des femmes à la vie économique et politique.

Pour autant, l’enquête souligne que les avancées législatives et institutionnelles doivent encore produire des effets plus visibles dans le quotidien des femmes. L’accès équitable à l’emploi, la lutte contre les violences sexistes et le renforcement de la protection judiciaire demeurent des chantiers prioritaires.

Au-delà de ces questions, le rapport rappelle également les difficultés persistantes d’accès aux soins de santé. À l’échelle du continent, deux femmes sur trois déclarent avoir été confrontées à un manque de médicaments ou de soins médicaux au cours des douze derniers mois, une situation qui touche particulièrement les populations rurales.

En définitive, les données d’Afrobarometer dressent le portrait d’une Afrique où les mentalités évoluent progressivement en faveur des droits des femmes, mais où les réalités économiques, sociales et institutionnelles continuent de limiter l’effectivité de cette égalité. La Guinée n’échappe pas à cette dynamique : les perceptions changent, mais les défis restent nombreux avant que les progrès observés dans les opinions ne se traduisent pleinement dans les faits.

Consultez le communiqué de presse d’Afrobarometer :

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Écrit par: Fatoumata Keita

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