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L’école a failli, mais c’est elle qui sévit (La Fléchette de Fatoumata Harouna)

today17 février 2026 2

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Depuis que nos établissements scolaires sont devenus des lieux de simple instruction plutôt que de véritable éducation, le malaise est profond. On y prépare des élèves à obtenir des diplômes, rarement à devenir des citoyens responsables, respectables et respectés. Comme si former des consciences relevait exclusivement des parents.
Et lorsque les choses dérapent, le réflexe est immédiat : pointer du doigt ces tous petits, même si certains semblent déjà initiés à des réalités bien au-delà de leur âge.
Et puis il y a la famille. Cette « cellule de base de la société » que l’on invoque chaque fois qu’un enfant trébuche. Si l’élève chute, c’est que la concession familiale a failli. L’école, elle, prétend seulement instruire. Mais peut-elle vraiment se dédouaner ?
Dans l’affaire qui secoue deux lycées de Kamsar, les protagonistes sont des élèves en tenue scolaire, s’exprimant en français — la langue de l’école. Certaines évoquent même, sans détour, des relations avec des encadreurs. Peut-on alors ignorer la part de responsabilité de l’institution ?
Oui, les parents ont leur part. Ils ne sont pas exempts de reproches. Mais ils ont envoyé leurs enfants à l’école pour apprendre, pour se construire un avenir. Autrefois, on présentait l’école comme le creuset des cadres de demain. Aujourd’hui, certains jeunes semblent tout apprendre dans ces cours… sauf ce pour quoi ils y sont envoyés. Et il ne s’agit pas seulement des filles, même si leur situation demeure plus exposée, plus vulnérable.
Comme souvent, la réponse institutionnelle est tombée : renvoi disciplinaire des élèves concernées, après la diffusion sur les réseaux sociaux d’images jugées contraires aux valeurs de l’école guinéenne.
Dans le communiqué, les autorités estiment que « le contenu de ces vidéos porte gravement atteinte aux valeurs morales, à la discipline scolaire, ainsi qu’à l’image et à la réputation de l’école guinéenne ».
Le texte évoque « une violation manifeste du règlement intérieur et du code de conduite », rappelant que des campagnes de sensibilisation avaient été menées sur « le comportement responsable des élèves, notamment en matière d’utilisation des réseaux sociaux ».
Pourtant, ces actes, pour reprendre leurs termes, « ont persisté et ont suscité une large diffusion préjudiciable à la communauté éducative ».
En conséquence, il a été décidé du renvoi des élèves concernées de toutes les écoles guinéennes du 16 février au 03 juillet 2026, avec obligation d’un engagement écrit signé des deux parents pour toute réintégration.
Autre mesure : le remplacement immédiat de l’encadrement dans l’un des lycées incriminés.
Et, dans un élan de rappel à l’ordre général, la lecture et l’explication des règlements intérieurs et du code de conduite seront reprises dans tous les établissements publics et privés du pays.
La décision est qualifiée de « ferme » mais également « éducative ». Les élèves sont appelées à « tirer les leçons de cette situation » et à « adopter à l’avenir un comportement responsable ».
Très bien.
L’école redécouvre soudainement sa vocation éducative.
Mais une question demeure : les accusations portées dans ces vidéos ont-elles été examinées avec la même rigueur que la sanction infligée aux élèves ? Si des enseignants sont mis en cause, quelles enquêtes ont été ouvertes ? Quelles responsabilités seront établies ?
Sanctionner est nécessaire. Protéger l’image de l’école l’est tout autant. Mais restaurer la confiance exige davantage qu’un renvoi temporaire et un rappel au règlement. Cela suppose un examen lucide des responsabilités : celles des élèves, des parents, mais aussi — et surtout — celles de l’institution.
Car au fond, l’école ne peut pas se contenter de punir. Elle doit aussi protéger.
Et peut-être est-il temps d’ouvrir un autre débat, plus large : celui de l’usage des téléphones portables et des réseaux sociaux dans nos établissements. Car derrière les vidéos virales, il y a une génération connectée, souvent livrée à elle-même, entre silence familial et encadrement scolaire fragile.
À qui la faute ?
Peut-être à tout le monde.
Peut-être surtout à un système qui préfère sanctionner ce qu’il n’a pas su prévenir.

La Fléchette de Fatoumata Harouna

Écrit par: Fatoumata Keita

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