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Il fut un temps où certains noms faisaient naître l’espérance.
Ils étaient les voix du courage dans le vacarme du silence. Ils dénonçaient les abus, défendaient les libertés, parlaient au nom des sans-voix et donnaient à une jeunesse déboussolée une raison de croire encore à la politique, à l’engagement et au mérite.
Aujourd’hui pourtant, beaucoup de ces figures ressemblent à des pages introuvables car elles sont devenues des erreurs 404 politiques et morales.
Et c’est ainsi que la question devient brutale, presque douloureuse : qui sont vraiment nos modèles ?
Nous vivons une époque étrange où l’excellence dérange plus qu’elle n’inspire. Une époque où les deals remplacent le mérite, où les convictions s’échangent contre des privilèges, où l’esprit critique devient suspect dès qu’il ne sert plus les intérêts des puissants du moment.
En Guinée, le terrain politique est devenu un immense théâtre de contradictions. Ceux qui hier réclamaient la démocratie avec fougue deviennent aujourd’hui allergiques à toute voix dissonante. Ceux qui dénonçaient l’arrogance du système reproduisent les mêmes pratiques, parfois avec encore plus de brutalité.
Même l’ironie a atteint son summum , certains cooptés hier sans véritable expérience, expliquent aujourd’hui aux jeunes qu’il faut “de l’expérience” pour accéder aux postes de responsabilités. Comme si eux-mêmes avaient été certifié d’une école d’expérience.
De qui se moque-t-on ? la mémoire collective n’est pas quand même amnésique.
La jeunesse quant à elle, observe et est entrain de comprendre, car elle voit des hommes qui ont construit leur image grâce à leur esprit critique refuser désormais que d’autres jeunes empruntent le même chemin, elle voit des figures autrefois admirées devenir arrogantes, fermées, parfois méprisantes envers cette même jeunesse qui les portait comme des symboles de rupture.
Ils ne veulent plus des jeunes qui réfléchissent, ils préfèrent ceux qui fléchissent.
Car un jeune qui pense dérange toujours davantage qu’un jeune qui applaudit.
On préfère désormais des intellectuels transformés en griots modernes plutôt que des jeunes habités par la posture d’Aimé Césaire, cette posture du refus, de la dignité et de la parole libre. Pourtant, le même Aimé Césaire disait qu’« Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. »
Et c’est précisément le drame actuel. Nous sommes entrés dans le temps des principes négociables.
Les démocrates d’hier assènent aujourd’hui des coups de massue à la démocratie elle-même. Ils veulent le débat quand ils sont dans l’opposition, mais exigent le silence une fois arrivés au sommet. Ils glorifiaient autrefois l’audace de la jeunesse et aujourd’hui ils redoutent son indépendance intellectuelle en oubliant qu’une jeunesse sans repères devient un danger pour la nation.
Lorsque les modèles deviennent des contre exemples, le cynisme prend la place de l’engagement. Les jeunes finissent par croire que la réussite n’est plus liée au travail, à la compétence ou aux idées, mais aux réseaux, aux compromis, aux Kolipeïsme et à l’allégeance.
Et c’est là que les sociétés commencent à se fissurer de l’intérieur.
L’écrivain Amadou Hampâté Bâ disait qu’« En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
Aujourd’hui le danger est différent. Certaines bibliothèques sont encore debout, mais elles ont cessé d’éclairer.
Pourtant tout n’est pas perdu car malgré les déceptions, une nouvelle génération continue d’émerger. Une jeunesse qui refuse d’être domestiquée intellectuellement. Une jeunesse qui comprend que la politique ne devrait pas être un ascenseur social réservé à quelques-uns, mais un outil de transformation collective.
Une jeunesse qui ne cherche plus des idoles parfaites, mais des hommes et des femmes cohérents.
L’Afrique et particulièrement la Guinée n’a pas besoin de héros intouchables. Elle a besoin d’exemples honnêtes, des personnes capables d’accepter la critique qu’elles utilisaient elles-mêmes hier comme arme politique et des aînés qui n’étouffent pas les consciences naissantes par peur d’être dépassés.
Parce qu’au fond, une génération qui empêche la suivante de grandir signe elle-même son propre échec historique.
La jeunesse guinéenne mérite mieux que des erreurs 404 humaines.
Par Akoi Gaspar Sovogui : opposé mais pas opposant
Écrit par: Fatoumata Keita
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