Guinée Actus

Bokar Biro : 130 ans après sa mort, la Guinée réclame son crâne à la France 

today6 août 2026 11

Arrière-plan
share close

La Guinée veut rapatrier les restes de l’Almamy Bokar Biro Barry, figure emblématique de la résistance à la pénétration coloniale française. Avec cette demande, Conakry entend aussi tourner une nouvelle page de son histoire mémorielle. 

Plus d’un siècle après la chute du Fouta-Djalon face à l’avancée des troupes françaises, la mémoire de l’un de ses derniers souverains revient au cœur des relations entre Conakry et Paris. La Guinée a officiellement demandé à la France la restitution du crâne de Bokar Biro Barry, ainsi que ceux de trois de ses proches.

Dernier Almamy indépendant du Fouta théocratique, Bokar Biro est considéré comme l’une des grandes figures de la résistance guinéenne à la conquête coloniale. Sa mort, à la fin du XIXᵉ siècle, marque l’un des épisodes les plus importants de la prise de contrôle du Fouta-Djalon par la France.

Le dernier Almamy face à la conquête française 

Bokar Biro Barry accède au pouvoir dans les dernières années du XIXᵉ siècle, alors que le Fouta-Djalon est confronté à une double pression : les rivalités politiques internes et l’expansion des puissances coloniales européennes.

À cette époque, la France cherche à étendre son influence sur la région. Le Fouta-Djalon, État théocratique musulman organisé depuis le XVIIIᵉ siècle, constitue un territoire stratégique que les autorités coloniales veulent placer sous leur contrôle.
Bokar Biro s’oppose à cette progression. Il refuse de se soumettre aux exigences françaises et cherche à préserver l’autonomie du Fouta-Djalon.
Mais face à lui, la France dispose d’un avantage militaire considérable. Surtout, les divisions entre les différentes composantes politiques du Fouta-Djalon fragilisent la résistance.

Porédaka, le combat de la fin 

En 1896, la confrontation atteint son point culminant.
Après la prise de Timbo, capitale politique du Fouta-Djalon, Bokar Biro rassemble ses forces pour tenter de repousser l’offensive française. La bataille de Porédaka tourne cependant à l’avantage des troupes coloniales, mieux équipées et notamment dotées d’une artillerie supérieure.
La défaite de Bokar Biro consacre la fin de l’indépendance effective du Fouta-Djalon.
Son destin reste toutefois entouré de récits divergents. Plusieurs sources historiques rapportent qu’il aurait été tué dans les combats, tandis que d’autres évoquent une capture suivie de sa décapitation.
Ce qui demeure aujourd’hui au cœur de la démarche guinéenne, c’est une question aussi simple que symbolique : où se trouvent les restes de celui qui fut l’un des derniers souverains à avoir résisté à la conquête coloniale française ?

Un crâne conservé en France 

La réponse se trouve en France.
Le crâne attribué à Bokar Biro ainsi que les restes de trois de ses proches auraient été conservés dans des collections françaises.
La Guinée demande désormais officiellement leur restitution.
Pour Conakry, cette démarche dépasse largement la question patrimoniale. Elle touche à la mémoire nationale, à la dignité des figures historiques guinéennes et à la manière dont le pays entend aujourd’hui regarder son passé colonial.
Les autorités guinéennes ont annoncé la mise en place d’un comité scientifique chargé d’accompagner le processus de restitution.
L’objectif affiché est de permettre, à terme, le retour des restes en Guinée et leur réinhumation, conformément aux traditions.

Une restitution au-delà du symbole 

La demande intervient dans un contexte international marqué par les débats sur la restitution des biens culturels et des restes humains conservés dans les anciennes puissances coloniales.
En France, une loi adoptée en 2023 facilite désormais, sous certaines conditions, la restitution de restes humains appartenant aux collections publiques.
Pour la Guinée, le retour de Bokar Biro pourrait ainsi constituer bien davantage qu’une opération de rapatriement.
Il pourrait être l’occasion de réinterroger la place de la résistance anticoloniale dans le récit national, mais aussi de transmettre aux générations futures une histoire longtemps racontée principalement à travers le prisme de la conquête.

Rendre Bokar Biro à la terre guinéenne 

Le choix de la future sépulture sera lui aussi chargé de symboles.
Timbo, ancienne capitale du Fouta théocratique, apparaît naturellement comme l’un des lieux susceptibles d’accueillir la dépouille de l’Almamy. Conakry pourrait également être envisagée.
Quelle que soit la décision finale, l’enjeu sera le même : permettre à Bokar Biro Barry de retrouver, plus d’un siècle après sa mort, la terre qu’il avait tenté de défendre.
130 ans après la chute du Fouta-Djalon, la restitution de ses restes pourrait ainsi refermer un chapitre de la conquête coloniale tout en rouvrant celui de la mémoire.

Écrit par: Fatoumata Keita

Rate it

Commentaires d’articles (0)

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués d'un * sont obligatoires


0%