Guinée Actus

Coyah–Kindia-Mamou : une nouvelle autoroute 2×2, mais quel avenir pour la RN1 reconstruite ?

today24 août 2026 14

Arrière-plan
share close

La Guinée veut construire une autoroute 2×2 voies sur le corridor Coyah–Kindia–Mamou. Mais alors que le gouvernement vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour cette infrastructure de 170 kilomètres, une question se pose : quel sera son tracé et quelle place occupera la RN1 récemment reconstruite ?

L’interrogation est d’autant plus légitime que l’État a déjà investi plusieurs centaines de millions d’euros dans la reconstruction de l’axe Coyah–Kindia–Mamou–Dabola.

Deux projets qu’il ne faut pas confondre

Pour comprendre la situation, il faut d’abord éviter une confusion. La reconstruction de la RN1 Coyah–Kindia–Mamou–Dabola et le projet d’autoroute 2×2 n’étaient pas, à l’origine, un seul et même projet.

La première a été réalisée dans le cadre de l’accord-cadre sino-guinéen. Son coût annoncé était de 357,3 millions d’euros hors taxes, pour un tracé finalement ramené de 370 à 354,719 kilomètres. L’infrastructure réalisée correspond à une route 2×1 voie, avec une chaussée d’environ 7 mètres.

Parallèlement, la Guinée avait envisagé un projet distinct d’autoroute à péage, en 2×2 voies. Des documents de programmation publique et des études techniques témoignent de cette ambition.

En avril 2018, l’ancienne ministre des Travaux publics, Oumou Camara, avait d’ailleurs clairement distingué les deux projets. Le chantier engagé concernait selon elle la reconstruction de la route nationale, tandis que le projet d’autoroute était encore en négociation, avec notamment l’hypothèse d’un péage et d’un tracé différent.

Il ne s’agit donc pas, à ce stade, de dire que 357,3 millions d’euros ont été dépensés pour construire une autoroute 2×2 qui aurait ensuite été transformée en route 2×1. Les éléments disponibles montrent plutôt deux projets distincts.

Une autoroute qui revient aujourd’hui

C’est précisément ce projet autoroutier que le gouvernement remet aujourd’hui sur la table.

Dans son nouvel avis d’appel à manifestation d’intérêt, le ministère des Infrastructures recherche des partenaires pour la construction d’une autoroute 2×2 Coyah–Kindia–Mamou de 170 kilomètres.

Le gouvernement estime que cette infrastructure est nécessaire pour accompagner la croissance du trafic, réduire les congestions, améliorer la sécurité routière et soutenir les échanges commerciaux.

Pour son financement, plusieurs mécanismes sont envisagés, notamment le Partenariat Public Privé avec péage et les contrats Ingéniérie Approvisionnement Construction EPC+Financement, avec l’objectif affiché de limiter la pression sur le budget national et l’endettement public.

Mais cette relance pose une question très concrète.

Même corridor ou nouveau tracé ?

Si les deux projets sont distincts, comment vont-ils désormais cohabiter ?

La future autoroute suivra-t-elle le corridor de la RN1 actuelle ? Sera-t-elle construite parallèlement à celle-ci ? Ou empruntera-t-elle, comme cela avait été évoqué pour le projet autoroutier initial, un tracé différent ?

La réponse aura des conséquences directes sur les populations et sur les finances publiques.

Si le nouveau projet peut s’appuyer largement sur les emprises déjà libérées, certaines acquisitions foncières pourraient être évitées. Mais si l’autoroute nécessite un nouveau tracé, de nouvelles emprises devront être dégagées, avec le risque de nouveaux déguerpissements et indemnisations.

La question est particulièrement importante dans les zones aujourd’hui fortement urbanisées le long de l’axe Coyah–Kindia–Mamou.

Que faire de la route déjà construite ?

Autre interrogation : quel sera le rôle de la RN1 2×1 une fois l’autoroute construite ?

Sera-t-elle maintenue comme route nationale et voie de desserte ? Certains ouvrages déjà réalisés pourront-ils être réutilisés ? Les ponts, échangeurs ou autres infrastructures pourront-ils être intégrés au nouveau dispositif ?

Et si l’autoroute est construite sur un tracé différent, comment sera valorisée l’infrastructure existante, dont la reconstruction a mobilisé 357,3 millions d’euros ?

Ces questions sont d’autant plus importantes que le futur projet pourrait reposer sur un modèle à péage et faire intervenir des investisseurs privés. Il faudra donc déterminer précisément quelles infrastructures seront financées par le nouveau projet et lesquelles seront considérées comme des infrastructures existantes à valoriser.

 La prochaine étape : connaître le tracé

Pour l’heure, l’appel à manifestation d’intérêt confirme la volonté du gouvernement de réaliser cette autoroute 2×2 sur 170 kilomètres. Mais il ne permet pas encore, à lui seul, de répondre à la question essentielle : où passera exactement cette autoroute ?

Le tracé, les études techniques, les emprises prévues et l’articulation avec la RN1 existante permettront de mesurer les conséquences du projet.

Car l’enjeu n’est désormais plus de savoir si la Guinée veut une autoroute 2×2. Elle vient de le confirmer.

L’enjeu est de savoir comment cette nouvelle infrastructure s’insérera dans un corridor où l’État a déjà investi massivement, et à quel coût pour les finances publiques et les populations.

Écrit par: Fatoumata Keita

Rate it

Commentaires d’articles (0)

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués d'un * sont obligatoires


0%