play_arrow
Ecouter Soleil FM Soleil FM
Alors que les rumeurs vont bon train autour de sa situation et de ses relations avec Conakry, Ousmane Gaoual Diallo, ministre des Transports et ancien porte-parole du gouvernement, a choisi de prendre la parole. Depuis l’étranger, il s’est exprimé à travers une publication sur sa page Facebook, dans un message aux accents philosophiques, mais qui intervient dans un contexte politique particulièrement sensible en Guinée.
« Il existe, dans la vie publique, des moments où la parole doit trouver sa mesure. Où l’on se regarde et où l’on choisit ce que l’on tolère, ce que l’on refuse », écrit-il en introduction.
Sans citer directement le chef de l’État, ni faire explicitement référence aux récents changements intervenus au sein du pouvoir, le ministre s’en prend à ce qu’il présente comme une nouvelle mécanique de manipulation de l’opinion.
« Depuis quelque temps, dans notre pays, une mécanique s’est installée. Des images fabriquées. Des contenus qui relèvent moins de l’information que de la manipulation. Des tribunaux improvisés. Des voix déconnectées, qui n’ont plus grand-chose à voir avec le débat public », dénonce Ousmane Gaoual Diallo.
Puis vient une phrase qui pourrait particulièrement retenir l’attention dans le contexte actuel : « Une industrie dont le financement pose question. Une industrie qui décide, à la place des Guinéens, de ce qu’ils doivent croire. »
Le ministre élargit toutefois son propos à un phénomène qu’il estime dépasser les frontières guinéennes. « Ce phénomène traverse notre époque. Il n’épargne aucun pays. Il n’est pas propre à la Guinée. Il révèle une fragilité », écrit-il.
« Il existe une limite »
Dans la suite de son message, Ousmane Gaoual Diallo insiste sur la frontière entre critique et attaque, entre journalisme et manipulation.
« Mais il existe une limite. Elle sépare la critique de la haine. Elle sépare le journalisme de son contraire. Cette limite, il appartient à chacun de la reconnaître. Il appartient à ceux qui la franchissent d’en assumer, tôt ou tard, la responsabilité », affirme-t-il.
Une prise de position qui intervient quelques jours seulement après une série de décisions au sommet de l’État ayant profondément alimenté les commentaires sur l’évolution des rapports de force au sein du pouvoir.
Le 21 août, le président Mamadi Doumbouya a mis fin aux fonctions de Mory Condé, alors ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, et de Mourana Soumah, ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation. Un conseiller à la Présidence, Mahamadou Abdoulaye Diallo, a également été limogé.
Quelques heures après ces décisions, Mamadi Doumbouya avait durci le ton sur la lutte contre la corruption, déclarant notamment : « Contre la corruption, ma main ne tremblera pas. Aucun rang, aucune fonction, aucune proximité ne met quiconque à l’abri de la rigueur républicaine ».
Dans ce climat, la publication d’Ousmane Gaoual Diallo ne pouvait qu’être scrutée. D’autant que le ministre figure parmi les personnalités qui ont longtemps occupé une place importante dans le dispositif gouvernemental. Il a notamment quitté, fin juillet, ses fonctions de porte-parole du gouvernement après plusieurs années à ce poste, tout en conservant le portefeuille des Transports.
« Servir la République »
Dans son message, Ousmane Gaoual Diallo revient également sur son parcours et sur sa conception de l’engagement public.
« Ce qui m’importe, en revanche, c’est ceci », écrit-il avant d’ajouter : « Servir la République, ce n’est en aucun cas accepter que la vérité devienne une opinion parmi d’autres. »
Une déclaration qui prend une résonance particulière alors que les débats sur l’information, les réseaux sociaux et les campagnes de manipulation se multiplient dans l’espace public guinéen.
Le ministre poursuit en évoquant ses 38 années d’engagement politique et institutionnel : « En trente-huit années d’engagement politique et institutionnel, j’ai vu, dans ce pays, des femmes et des hommes lucides, exigeants, qui savent lire, qui savent voir, qui savent distinguer ce qui sert la Guinée de ce qui la fatigue. »
Et de conclure : « C’est cette lucidité qui, à la fin, fera la différence. J’y crois profondément. »
Son retour en Guinée très attendu
Au-delà du contenu de cette publication, c’est surtout la situation d’Ousmane Gaoual Diallo et son prochain retour au pays qui suscitent les interrogations.
Alors que certains observateurs s’interrogeaient sur la durée de son séjour à l’étranger et sur les conditions de son retour, le ministre a, selon des propos rapportés mercredi, annoncé son retour en Guinée pour samedi. Il a par ailleurs démenti les rumeurs faisant état de problèmes de santé.
Ce retour sera particulièrement suivi dans le contexte actuel. Après les limogeages de plusieurs responsables considérés comme proches du chef de l’État et le message de fermeté de Mamadi Doumbouya sur la corruption, l’arrivée d’Ousmane Gaoual Diallo à Conakry pourrait être scrutée avec attention.
Pour l’heure, aucune déclaration publique ne permet toutefois d’établir l’existence d’une rupture entre le ministre des Transports et le président de la République. Sa publication, elle, reste volontairement générale et ne cite ni Mamadi Doumbouya ni les récents limogeages.
Mais dans un environnement politique où chaque prise de parole est désormais interprétée à la lumière des derniers événements, le message d’Ousmane Gaoual Diallo et surtout son retour annoncé en Guinée ne manqueront certainement pas de susciter de nouveaux commentaires.
Écrit par: Fatoumata Keita
Copyright Soleil FM Guinée Illumine votre journée
Commentaires d’articles (0)