play_arrow
Ecouter Soleil FM Soleil FM
L’annonce du nouveau service de passeport express en Guinée marque un tournant dans l’administration publique. Désormais, les citoyens peuvent obtenir leur passeport en 24h, 48h ou 72h moyennant des frais officiellement fixés par l’État. Une réforme présentée comme une modernisation du service public et une réponse aux situations d’urgence.
Mais au-delà de la rapidité annoncée, beaucoup de Guinéens y voient surtout la légalisation d’une pratique qui existait déjà depuis des années dans les couloirs administratifs.
Pendant longtemps, obtenir un passeport rapidement relevait moins d’une procédure officielle que d’un système parallèle. En théorie, le délai normal était fixé à plusieurs jours, voire plusieurs semaines. En pratique, ceux qui étaient pressés — voyage urgent, études, soins médicaux, rendez-vous consulaires — passaient souvent par des “intermédiaires”.
Ces agents informels, parfois proches de l’administration, facilitaient l’accélération du dossier contre des paiements supplémentaires. Le montant variait selon l’urgence et les connexions disponibles. Cette réalité était largement connue, même si elle restait officieuse.
Avec le lancement du passeport express, ce mécanisme sort désormais de l’ombre.
La principale différence aujourd’hui n’est pas forcément la rapidité du service. Beaucoup estiment que les passeports urgents étaient déjà délivrés rapidement pour ceux qui pouvaient payer.
Le véritable changement réside ailleurs : l’argent ne transite plus par des circuits informels ou par les poches d’intermédiaires. Il entre officiellement dans les caisses du Trésor public.
Autrement dit, l’État reprend le contrôle financier d’un marché parallèle qui prospérait autour des documents administratifs.
Cette formalisation peut être vue comme une tentative de :
Le débat reste néanmoins ouvert.
Pour certains citoyens, cette réforme apporte enfin de la clarté. Au lieu de négocier discrètement avec des agents, les usagers connaissent désormais les tarifs et les délais officiels.
Pour d’autres, elle institutionnalise une administration à deux vitesses :
Dans un pays où le revenu moyen reste faible, payer jusqu’à 2 millions de francs guinéens pour un passeport express de 10 ans en 24h représente une somme considérable.
La question de l’égalité d’accès au service public est donc posée.
Pas forcément.
L’expérience dans plusieurs administrations africaines montre que l’officialisation des procédures rapides ne supprime pas automatiquement les réseaux parallèles. Tant que les lenteurs administratives persistent dans les services ordinaires, certains usagers continueront à chercher des raccourcis.
Le succès de cette réforme dépendra donc surtout de la capacité de l’administration à :
Le passeport express révèle finalement une réalité plus profonde : dans de nombreux services publics, l’urgence a longtemps été gérée de manière informelle. La nouveauté n’est donc pas l’existence d’un traitement accéléré, mais sa reconnaissance officielle par l’État.
En transformant une pratique officieuse en service réglementé, les autorités cherchent à reprendre le contrôle, à capter les revenus et à encadrer un système qui existait déjà dans les faits.
Reste à savoir si cette réforme marquera une véritable modernisation administrative ou simplement une nouvelle manière d’organiser un privilège déjà accessible à ceux qui avaient les moyens.
Ci-dessous les tarifs du passeport express :

Écrit par: Fatoumata Keita
Copyright Soleil FM Guinée Illumine votre journée
Commentaires d’articles (0)