Guinée Politique

5 septembre 2021-5 septembre 2026 : cinq ans de refondation, de ruptures et de recomposition en Guinée 

today5 septembre 2026

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Cinq ans après la prise du pouvoir par le CNRD, la Guinée a profondément changé. Du coup d’État du 5 septembre 2021 à l’élection présidentielle de décembre 2025, en passant par le référendum constitutionnel et les élections législatives et communales de 2026, le pays a connu une spectaculaire recomposition politique et institutionnelle. Mais derrière cette transformation se cachent aussi des exils, des disparitions, des morts en détention, des procès retentissants et la disparition progressive de plusieurs acteurs qui avaient pourtant accompagné ou soutenu, à des degrés divers, le changement de régime. 

Le 5 septembre 2021, la Guinée se réveille avec un nouveau pouvoir. À la tête du Comité national du rassemblement pour le développement, le colonel Mamadi Doumbouya annonce la fin du régime d’Alpha Condé.

Le discours est celui de la rupture. « Refondation de l’État », lutte contre la corruption, restauration des institutions et retour à l’ordre constitutionnel sont présentés comme les principales missions de la nouvelle équipe.

Cinq ans plus tard, la Guinée est effectivement entrée dans une nouvelle séquence politique.
Mais le chemin parcouru est loin d’être linéaire.

Des militaires aux urnes 

La transition militaire a finalement débouché sur une nouvelle architecture institutionnelle.

Le 21 septembre 2025, les Guinéens sont appelés à se prononcer par référendum sur une nouvelle Constitution. Le texte est adopté avec une large majorité. Il ouvre notamment la voie à une nouvelle configuration institutionnelle et permet aux membres de la junte de se présenter aux élections, alors que la Charte de la transition leur interdisait initialement de briguer des fonctions électives.

La présidentielle est ensuite organisée le 28 décembre 2025. Mamadi Doumbouya est élu président de la République. Quelques mois plus tard, les élections législatives et communales viennent compléter cette nouvelle architecture politique.

Mais ce retour aux urnes reste accompagné de controverses. Les principales formations politiques d’opposition, notamment l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et l’UFR de Sidya Touré, n’ont pas participé aux élections législatives et communales de 2026 après leur dissolution. Les résultats ont ainsi consacré une forte domination des formations favorables au chef de l’État.
La Guinée est donc passée du CNRD de 2021 à un pouvoir désormais installé dans les institutions issues du nouveau cadre constitutionnel.

Cellou Dalein, Sidya Touré : les poids lourds de l’opposition hors du pays 

L’une des grandes transformations de ces cinq années concerne précisément le visage de l’opposition.

Deux des principales figures de la vie politique guinéenne, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, vivent désormais en exil.
Le premier, président de l’UFDG et ancien Premier ministre, demeure l’une des principales voix critiques du pouvoir depuis l’étranger. Le second, leader de l’UFR et ancien Premier ministre, a lui aussi quitté le pays.

Leur éloignement du territoire national a considérablement modifié le rapport de force politique. Les deux formations historiques qu’ils dirigent ont finalement été dissoutes en 2026, avec plusieurs dizaines d’autres partis.

Pour leurs partisans, ces décisions illustrent une fermeture progressive de l’espace politique. Pour les autorités, elles relèvent du processus d’assainissement et de mise en conformité des partis avec les nouvelles règles.

Quoi qu’il en soit, la scène politique guinéenne de 2026 ne ressemble plus à celle de 2021.

Foniké Menguè et Billo Bah : deux disparitions qui continuent de hanter le pays 

Autre dossier qui aura profondément marqué ces cinq années : la disparition de deux figures majeures de la société civile, Oumar Sylla, dit Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah.

Les deux militants du FNDC ont été arrêtés le 9 juillet 2024 à Conakry par des hommes armés. Depuis, leurs familles restent sans nouvelles d’eux.

Les autorités guinéennes ont nié les détenir. Mais plusieurs organisations de défense des droits humains continuent de parler de disparition forcée et réclament une enquête crédible permettant d’établir leur sort et les responsabilités.

Deux ans après leur disparition, Amnesty International estimait encore, en juillet 2026, que leurs proches attendaient des réponses.

Cette affaire est devenue l’un des symboles les plus forts des tensions entre le pouvoir de transition et une partie de la société civile.
Quand la crise politique touche la famille
Les dossier d’enlèvement des enfants du raggaeman, Élie Kamano, le fils du vlogueur Damaro et son ami, le père du journaliste Mamoudou Babila Keita.
Des compagnons du 5 septembre aux oubliés de la refondation
Le destin des compagnons des premières heures raconte également une autre histoire.

Le général Sadiba Koulibaly, figure militaire importante du début de la transition et ancien chef d’état-major général des armées, a progressivement perdu sa place au sein du dispositif.
Après son arrestation et sa condamnation en 2024, il est mort en détention le 22 juin de la même année.

Les autorités ont évoqué un arrêt cardiaque dans un contexte de psychotraumatisme et de stress prolongé. Son décès a néanmoins suscité des interrogations et des demandes d’éclaircissements.

Autre figure associée au 5 septembre, Michel Lamah a lui aussi connu une rupture spectaculaire avec le pouvoir. En août 2026, il figurait parmi les militaires radiés des effectifs des Forces armées guinéennes.

Ainsi, cinq ans après le putsch, certains de ceux qui avaient contribué à faire tomber l’ancien régime ne sont plus dans le cercle du pouvoir.

La CRIEF, symbole de la lutte contre les détournements 

La période CNRD aura également été marquée par la création et la montée en puissance de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).

Cette juridiction spécialisée est devenue l’un des principaux instruments judiciaires de la politique de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite.
Plusieurs anciens responsables du régime d’Alpha Condé ont ainsi été poursuivis et du régime actuel.

Le procès du 28 septembre 2009 : une justice longtemps attendue 

Autre événement judiciaire majeur de la période, le procès des événements du 28 septembre 2009 a constitué l’un des dossiers les plus symboliques de la justice guinéenne sous le CNRD.

Ouvert en septembre 2022, plus de treize ans après les faits, ce procès a permis de juger plusieurs hauts responsables et acteurs présumés impliqués dans le massacre survenu au stade de Conakry, où des dizaines de personnes avaient été tuées et de nombreuses femmes victimes de violences sexuelles.

Parmi les principaux accusés figurait l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara, ainsi que plusieurs responsables militaires et civils de l’époque.

Le verdict rendu en juillet 2024 a marqué une étape historique. Moussa Dadis Camara a notamment été condamné à 20 ans de prison, tandis que plusieurs autres accusés ont écopé de lourdes peines. Certains ont en revanche été acquittés.

Pour les victimes et leurs familles, ce procès a représenté une forme de reconnaissance judiciaire de crimes restés impunis pendant plus d’une décennie.

Son organisation a également été présentée par les autorités de la transition comme l’une des illustrations de leur volonté de renforcer l’État de droit et de lutter contre l’impunité.
De l’autre, les critiques portant sur l’indépendance de la justice, les conditions de détention de certains prévenus et le traitement des dossiers impliquant des figures de l’ancien régime nourrissent le débat sur la nature et les limites de cette justice sous le CNRD.

Une Guinée méconnaissable en cinq ans
En cinq années, la Guinée a donc connu plusieurs ruptures successives.

2021 : un coup d’État renverse Alpha Condé.

2022-2024 : la transition s’installe, avec ses promesses de refondation mais aussi ses tensions avec l’opposition et la société civile.

2024 : les disparitions de Foniké Menguè et Billo Bah deviennent l’un des dossiers les plus sensibles du pays.

2025 : la nouvelle Constitution est adoptée par référendum et ouvre la voie à une nouvelle République.

2025-2026 : la présidentielle, puis les élections législatives et communales, installent une nouvelle configuration politique.

Pendant ce temps, des opposants historiques sont en exil, des partis sont dissous, des militants restent portés disparus, d’anciens compagnons du pouvoir ont été écartés et plusieurs dignitaires de l’ancien régime ont comparu devant la justice.

Cinq ans après, le bilan reste à écrire
Le pouvoir peut mettre à son actif la réorganisation administrative, les infrastructures, les réformes institutionnelles, la nouvelle Constitution et le retour aux élections.

Ses adversaires retiennent, eux, la restriction de l’espace politique, les disparitions, l’exil des opposants, les atteintes aux libertés et la concentration du pouvoir.

Entre ces deux lectures, une certitude demeure : le 5 septembre 2021 a profondément changé la Guinée.

Mais la véritable question n’est peut-être plus de savoir si le pays a changé.
Elle est désormais de savoir dans quelle direction il a changé.

La « refondation » promise au lendemain du coup d’État devait permettre de bâtir un État plus fort, plus juste et plus respectueux des citoyens.

Cinq ans plus tard, la Guinée dispose d’une nouvelle Constitution, d’un président élu et d’un Parlement issu des urnes.

Mais dans le même temps, les familles de Foniké Menguè et de Billo Bah attendent toujours des réponses, des opposants majeurs vivent loin de leur pays et plusieurs figures de la période précédente ont connu la prison ou les tribunaux.

Le 5 septembre 2026 est donc à la fois une date anniversaire et une date de bilan. Cinq ans après le coup d’État, la Guinée a changé de régime, de Constitution et de paysage politique. Reste à savoir si elle a aussi changé de modèle.

Écrit par: Fatoumata Keita

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