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Une prétendue note circulaire attribuée au Secrétariat général des Affaires religieuses de la Guinée (SGAR), appelant les fidèles musulmans et chrétiens à organiser des prières accompagnées de sacrifices pour le rétablissement de la santé du président Mamadi Doumbouya circule depuis ce jeudi 30 juillet sur les réseaux sociaux.
Cette diffusion intervient quelques jours après la publication d’images du chef de l’État guinéen, lors du 69ᵉ Sommet ordinaire de la CEDEAO, qui s’est tenu le 19 juillet, à Freetown, en Sierra leone, que certains internautes ont interprétées comme des signes d’une prétendue dégradation de son état de santé.
L’analyse du document révèle plusieurs incohérences avec les correspondances administratives officielles du SGAR. Surtout, le responsable présenté comme signataire dément formellement en être l’auteur.
Une publication devenue virale
Depuis plusieurs heures, cette prétendue note circulaire suscite de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Présentée comme émanant du Secrétariat général des Affaires Religieuses, elle est adressée aux gouverneurs, préfets, sous-préfets, maires, leaders religieux ainsi qu’aux responsables des mosquées et des églises.
Le document appelle à l’organisation de séances de prières en raison de « la situation que traverse le pays ».
Pour les fidèles musulmans, il prévoit des prières d’intercession le vendredi 31 juillet 2026, accompagnées de plusieurs sacrifices, notamment une boîte de lait Gloria, dix miches de pain, un kilogramme de riz et du « Fankadama », un mélange de plusieurs aliments. Les fidèles chrétiens sont, quant à eux, invités à organiser des prières et des actions de grâce le dimanche 2 août 2026.
Selon le document, ces prières devraient être accomplies « en l’honneur de Son Excellence le Général de Corps d’Armée Mamadi Doumbouya, Président de la République », afin que Dieu lui accorde « le recouvrement de sa santé, la protection et la longévité à la tête de l’État ».
Une diffusion amplifiée sur Facebook
La prétendue circulaire a été relayée par plusieurs comptes Facebook.
L’une des publications ayant connu la plus forte audience est celle du journaliste d’investigation Abdoul Latif Diallo, installé hors de Guinée depuis plusieurs mois. Critique envers le pouvoir en place, Latif est aussi l’un des journaliste guinéen les plus suivis sur ce réseau social sur lequel il fait souven fait des révélations sur le système. La publication est accompagnée d’une légende au ton satirique :
« Donc, après le Fangadama d’Alpha Condé, qui ne lui a finalement pas vraiment sauvé la mise, le Secrétariat général des Affaires religieuses fait le même Fangadama pour mon oncle… »
L’audience de cette publication explique en partie sa large diffusion. Le journaliste est suivi par plus de 115 000 abonnés sur Facebook. A peine une heure, le post a accumulé près de 1 000 réactions, 571 commentaires et plus de 317 partages, illustrant la rapidité avec laquelle cette information s’est propagée.

Sous le post, certains on cru, alors que d’autres non comme l’atteste cette capture d’écran de quelques commentaires ci-dessous :⤵️

Face aux nombreuses réactions suscitées par sa publication, le journaliste est revenu environ une heure plus tard pour défendre son post :
« Un imam très respecté en Guinée m’a envoyé ce communiqué. Il l’a reçu de la même manière qu’il reçoit les autres documents du Secrétariat général des Affaires religieuses. Assumez. »
Le compte Général Bailo, un activiste des droits humains, Foniké Menguè, écrit notamment :
« Pour Mamady aussi c’est arrivé là-bas, vous vous souvenez des sacrifices boîtes de lait, Gloria et Fangadama à la fin du règne d’Alpha Condé. Awa, les Guinéens sont appelés à faire des prières et sacrifices Fankadama, Gloria et du pain pour la santé de Mamadi Doumbouya. »
Cette publication a enregistré 205 réactions, près de 100 commentaires et 33 partages.

Plusieurs anomalies relevées
L’examen du document par notre rédaction fait apparaître plusieurs éléments incompatibles avec les standards des correspondances administratives du Secrétariat général des Affaires religieuses.
D’abord, la note ne comporte ni date ni numéro de référence, deux mentions pourtant indispensables sur tout document administratif officiel.
Ensuite, le pied de page, habituellement présent sur les correspondances du département est illisible. Sur les documents authentiques du SGAR, comme sur ceux de plusieurs administrations guinéennes, figure généralement la mention :
« Toute falsification ou contrefaçon sera punie de 5 à 10 ans d’emprisonnement et d’une amende de 50 000 000 à 150 000 000 francs guinéens conformément à l’article 713 du Code pénal guinéen. »

Cette mention n’apparaît pas clairement sur le document en circulation, ce qui renforce les doutes sur son authenticité.
Nous avons par ailleurs consulté la page officielle du Secrétariat général des Affaires religieuses. Aucune publication ne fait état d’un tel communiqué.
Le présumé signataire dément
Autre élément déterminant : la personne présentée comme signataire de la note dément catégoriquement en être l’auteur. Dans une interview téléphonique accordée à la rédaction de Soleil fm Guinée, Dr Sagno soutient qu’il s’agit de l’œuvre de personnes malveillantes.
« Il s’agit de personnes malveillantes qui ont pris un ancien communiqué datant de l’ancien régime et l’ont transformé en lettre circulaire. »
Il relève ensuite plusieurs indices révélateurs de la falsification :
« Quand vous analysez le document, vous voyez que l’armoirie, en haut à droite, a été agrandie jusqu’à devenir floue. Ensuite, il n’y a ni date ni numéro. Enfin, ils ont écrit « Général de Corps d’Armée ». Aujourd’hui, personne n’utilise cette formulation dans nos documents. Donc, je confirme clairement que ce document ne vient pas de nous. »
Verdict
Les éléments recueillis par notre rédaction ne permettent pas de considérer ce document comme authentique.
L’absence de date et de numéro de référence, les incohérences avec les modèles habituels de correspondance du Secrétariat général des Affaires religieuses, l’absence de toute publication sur les canaux officiels du département, ainsi que le démenti formel du présumé signataire constituent de sérieux indices de falsification.
Verdict : FAUX.
À ce stade, rien ne permet d’attribuer cette note au Secrétariat général des Affaires religieuses. Les éléments disponibles indiquent qu’il s’agit d’un document falsifié, largement relayé sur les réseaux sociaux.
Fatoumata KEITA
Écrit par: Fatoumata Keita
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