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Opinion : le CNRD dans le dénouement d’une trilogie politique (Prospère Délamou)

today9 avril 2022

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Prospère Délamou

Depuis l’accession du CNRD au pouvoir, trois axes prioritaires sous-tendent leur démarche dans la gestion du pays. La formule magique d’un bon Prince relative à la manière d’obtenir le pouvoir,  de l’exercer au nom de ceux qui vous ont porté confiance et enfin la manière de maintenir ce pouvoir, va de pair avec ce qui se passe depuis maintenant presque 7 mois.

1- l’acquisition de la légitimité et la légalité du CNRD

Au soir du coup d’Etat du 05 septembre dernier, les forces spéciales muées en CNRD ont fait une déclaration pour motiver les raisons de la chute du régime du Président Alpha CONDÉ. La situation sociopolitique et économique du pays, le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens, l’irrespect des principes démocratiques, la politisation à outrance de l’administration publique, la gabegie financière, la pauvreté et la corruption endémique étaient parmi, tant d’autres, ces raisons qui ont amené l’armée à prendre le pouvoir avec pour conclusion la suspension de la constitution et la dissolution du gouvernement. Le pouvoir du CNRD va bénéficier l’adhésion populaire et le soutien des partis politiques hostiles au régime déchu. La légitimité est obtenue.

Le pouvoir du colonel Mamady Doumbouya va, par la suite, lancer des concertations nationales du 14 au 23 septembre au palais du peuple avec toutes les forces vives pour sortir le 27 septembre un document fondateur de la transition appelé ” la Charte de la transition “. Le pouvoir du CNRD obtient sa base légale sans la détermination d’un délai sur sa fin. Les compétences de la détermination de ce délai vont être attribuées au CNT qui fait office d’assemblée constituante et donc la mise en place prendra du temps.

2- L’instauration d’un climat de confiance par le CNRD.

Pour rassurer les citoyens, la refondation comme annoncée dans le discours de prestation de serment a résulté de nombreux sacrifices comme la levée de l’état d’urgence sanitaire, la libération des détenus politiques, le FNDC en particulier, la baisse du prix de carburant, la récupération des domaines réservés à l’Etat, les nominations inclusives en tenant compte de toutes les sensibilités sociopolitiques. Tous les bords politiques sont touchés pour éviter les remous, la discrimination et le favoritisme de part et d’autre. L’opposition crie de joie aujourd’hui en se sentant plus favoriser, demain le régime déchu aussi crie de joie en se sentant plus favoriser. Les actes de répressions et de nominations en faisaient foi.  Chaque camp prend toujours de mauvais actes posés par le CNRD lorsque ça ne l’arrange pas, et inversement. Pendant que les deux camps se jettent le discrédit, le colonel dénoue son calendrier politique comme prévu : l’impartialité est le socle de la confiance. Des assises nationales fondées sur la vérité, le pardon et la réconciliation voient jour par la suite pour aplanir les divergences, apaiser les cœurs, rassembler les guinéens pour enfin se préoccuper du développement comme le nom de l’organe politique l’indique: Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD).

3- les démarches allant vers le maintien du CNRD au pouvoir.

Dans le souci d’atteindre l’objectif et connaissant que le Président déchu était une gêne au regard des institutions internationales, le CNRD a trouvé bon, avec le bon moment, de le faire sortir hors du pays pour des raisons de convalescence. En tout cas, pour ce qui est de la politique active, il est désormais frappé par l’âge.

L’opposition au régime du Président Alpha CONDÉ se trouvant dans la posture de la partie la plus favorisée à penser à l’accélération de la transition dans l’espoir d’accéder vite au fauteuil libre de Sékhoutouréya. Le colonel connaissant les démarches et revendications de tout parti politique de l’opposition s’attendait à des menaces un jour.

Il procède rapidement à la mise en place d’une cour spéciale de répression des crimes économiques et financiers sous l’empire de tous les régimes précédents, car ces crimes sont imprescriptibles. La boîte noire qui doit servir d’élimination de tout obstacle dans la conservation du pouvoir est créée : la CRIEF. Et voilà ! Le piège est monté, il suffit d’attendre une proie. Puisque c’est les anciens ministres qui sont généralement les politiciens en Guinée, les concurrents actuels pour le fauteuil présidentiel. Chacun d’entre eux traîne, petit que ce soit, une casserole de détournements dans sa gestion, d’une manière ou autre. En tout cas, la majorité des guinéens adhèrent à l’idée de demander des comptes aux anciens dirigeants et cela profite doublement au CNRD.

Tous les dossiers concernant chacun ont été réunis et placés en attente. Dès que la frustration a commencé du côté de l’opposition incarnée par l’UFDG, les dossiers portant disparition de l’avion Air Guinée et les ventes des rails sont sortis et le leader du parti, premier ministre à l’époque des faits et couramment cité, est convoqué par la CRIEF. Actuellement hors du pays, il est poursuivi et attend le dénouement sur ces dossiers.

Au même moment, le pouvoir déçu, le RPG-ARC, se trouvant dans le confort de n’être reproché de rien par ce pouvoir qui devenait moins craintif du colonel trouve opportun de se lever de sa défaite, de son silence, de sa torpeur pour se redonner vitalité en se réorganisant et en mobilisant la troupe pour une nouvelle reconquête du pouvoir. Dans la dynamique, le choix à la tête du parti divise les principaux acteurs. Finalement, le premier ministre sortant prend la tête du parti, il devient l’homme fort le plus médiatisé du pays, un journal à la radio nationale lui a même été consacré. Et les autres anciens ministres au sein du parti se retirent et procèdent à la création de leur propre parti politique.

Le Colonel, conscient de la liberté des partis politiques, a laissé toutes ces démarches bon enfant avant de remettre en branle la machine judiciaire pour éteindre cette ambiance politique qui devenait de plus en plus gênante pour son pouvoir. Ils ont tous été interpellés par la CRIEF et sont maintenant à la maison centrale en attendant la suite sur l’évolution des dossiers les concernant. Vont-ils sortir indemne ? Qui sera le prochain ancien ministre sur la liste ?

A cette allure, tout ancien ministre doit se sentir viser tant que le pouvoir conduit par le colonel n’a pas encore défini sa fin. En tout cas, tous les signes indicateurs montrent que la fin de cette transition n’est pas pour maintenant.

Prospère Délamou

Écrit par: Razakou Moussa

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